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Sir Neville Marriner sonde le XXème siècle en 10 CD

Créé par Sir en 1958 dans le but d’interpréter le répertoire classique mais surtout baroque, l’ prit progressivement de l’ampleur et finit par sortir de son répertoire de naissance. C’est ainsi qu’une série d’enregistrements d’œuvres du XXème siècle (et de fin XIXème) fut réalisée par la firme Argo entre 1967 et 1977, rééditée ici par Decca avec pour chaque disque la reproduction de sa pochette d’origine.

L’ a beaucoup enregistré et ses qualités sont bien connues des mélomanes qui se souviennent de la belle époque des 33 tours Philips, Decca et Argo qui pleuvaient presque chaque mois avec une régularité de métronome. Leur succès venait en partie de l’attrait du répertoire et de la façon non symphonique un peu nouvelle à l’époque d’aborder ces œuvres, mais aussi d’une remarquable qualité instrumentale et d’un impeccable jeu d’ensemble très agréable à l’oreille sans une once d’agressivité ni d’acidité, avec des choix de tempo toujours justes bien que jamais extrêmes, le tout servi par des prises de son souvent excellentes. Ce style d’une élégance confortable toute britannique sans la moindre faute de gout où aucun bouton n’est jamais de travers se retrouve dans le répertoire plus moderne qui nous intéresse ici, avec aussi ses limites lorsqu’il faudrait justement se déboutonner un peu, mettre plus intensité et de tension, de puissance expressive, de force dramatique, ce qui n’arrive pas vraiment. Ainsi certaines pièces pourront paraître sur la réserve comme ces bien sages Métamorphoses ou ce Siegfried Idyll dépassionné, et il n’étonnera personne que La Nuit transfigurée manque sérieusement de passion et d’érotisme. Plus étonnant peut-être cette Valse triste qui se refuse tout élan, ou la Symphonie Classique de Prokofiev dépourvue de son second degré ironique. Mais il y a de fort belles choses dans cet album et pour résumer au risque de simplifier un peu le propos, on dira que Marriner est le moins concurrentiel dans le répertoire allemand qui manque d’implication, plus convaincant chez les russes (Visions fugitives de Prokofiev, les Stravinsky) ou chez Bartok, nous offre au passage une belle Symphonie en ut de Bizet, se montre encore meilleur chez les nordiques (hors cette triste Valse), et tout à fait au top chez les compositeurs britanniques qui chantent ici avec un grand naturel.

Même si ce généreux coffret de 10 CD fait un peu fourre-tout car il mélange des compositions très variées, il offre un panorama sélectif autant qu’intéressant sur la musique pour orchestre de chambre de cette époque. Bien sûr on pourra trouver, œuvre par œuvre, des versions plus passionnantes ou plutôt plus passionnées, mais le niveau d’exécution reste  constant et élevé et ces interprétations peuvent parfaitement servir de versions de découverte pour ceux qui ne seraient pas encore familiers avec ces œuvres, et même pour certaines de version de référence.

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