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Chung en technicolor

C’est une rentrée fracassante pour  l’Orchestre philharmonique de Radio-France et son chef principal, Myung -Whun Chung. L’orchestre s’illustre dans un programme virtuose, mi-hongrois, mi-américain avec, après Hilary Hahn, le pianiste américain .

Cet ensemble a du panache, une technique brillante, une sonorité généreuse et des solistes hors-pair qui viennent à bout des challenges que sont les Danses de Galanta de Kodaly et le Concerto pour orchestre de Bartok et qui semblent l’amuser.

Le panache avec un sens plus aiguisé de l’esthétique et une technique soignée, c’est ce qui caractérise le pianiste américain . Dans son concerto pour piano – contemporain du West Side Story de Robert Wise – Barber mélange avec science le lyrisme et une diabolique virtuosité. Ohlsson lui apporte une extraordinaire légèreté qui, partagée par l’orchestre, donne à l’oeuvre un parfait équilibre. Grand interprète de Chopin, Ohlsson fait chanter les volutes d’arpèges avec une grace aérienne et, dans le deuxième mouvement, invite l’orchestre à une étrange et délicate fébrilité. Parce que le concerto ne les aura qu’esquissé, deux bis ont permis au pianiste de révéler la profondeur (Rachmaninov) et l’humour (Chopin) qu’on lui connaît.

Lorsque Bartók parlait de lui-même et de Kodály – son contemporain et seul hongrois à avoir, comme lui, une réputation internationale –  il disait: « il y a une différence très marquée entre nos oeuvres. Chacun a développé son propre style individuel ». C’est une des premières choses frappantes dans les interprétations offertes ce soir: on n’entend pas la différence. On savoure les effet de style (les mélodies et accents folkloriques chez Kodály) on s’incline devant la science des ruptures, la clarté de la forme, l’investissement dont fait preuve l’orchestre (formidable Finale de Bartók) même si les cordes sont encore mal unifiées et maints détails dont la signature est on ne peut plus distinguée. On se laisse charmer par cette débauche de moyens, par la facilité exacerbée et une once de sophistication (Intermezzo de Bartok). Mais dans le Concerto pour orchestre de Bartók, par exemple, ce n’est pas tellement l’esprit de la mittel-europa, des frictions harmoniques saissantes et des rythmiques infernales qui ont régné. Plutôt le fourmillement coloré, les brumes et les ambiances chatoyantes d’un autre monde. Un monde plus proche des couleurs occidentales, plus proche, en fait, de Debussy.