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L’Egisto au festival baroque de Pontoise

Le rôle du cardinal Mazarin pour imposer la musique italienne à la cour de France est bien connu.

Ce que l’on sait moins, c’est que l’opéra Chi soffre, speri (que celui qui souffre espère) de et (1637) correspond à L’Egisto, donné à Paris en 1646 (découvertes de la musicologue Barbara Nestola à la Bibliothèque Nationale de France en 2008). Ce n’est donc pas L’Egisto de Cavalli qui fut le premier opéra représenté en France, mais celui qui nous intéresse ici, considéré également comme le premier opéra bouffe de l’histoire de la musique. Inspiré du Décaméron de Boccace, le livret de la main du cardinal Giulio Rospigliosi, futur pape Clément IX, relate les amours contrariés d’Egisto (un rôle de travesti), noble ruiné mais fier, et d’Alvida, riche veuve. Mêlant musique (souvent dans le registre du « parlar cantando », parler-chanter), danse et personnages de la commedia dell’arte, l’œuvre se compose d’une succession de scènes pastorales tour à tour tragiques, émouvantes ou burlesques (les personnages de Zanni et Coviello en particulier). L’opéra culmine avec l’intermède entre l’acte deux et trois, La Fiera di Farfa, scène de marché fort animée que nous avait révélé Vincent Dumestre (disque Alpha), soulignant les analogies manifestes avec le Combattimento de Monteverdi. L’ouvrage mêle populaire et savant, langue italienne et dialectes (napolitain, bergamasque), le livret contenant par ailleurs de nombreux sous-entendus, symboles religieux (le sacrifice du faucon…).

Préparé lors de sessions à la Fondation Royaumont (l’Unité scénique), cet opéra monté par pour la musique, pour la mise en scène avec un ensemble de jeunes interprètes était créé dans le cadre du Festival baroque de Pontoise. Le spectacle fonctionne avant tout grâce à la polyvalence des onze chanteurs, tous à l’aise pour jouer la comédie, évoluer sur scène. Le travail sur la langue et les différentes expressions de la voix est également manifeste. De la distribution, honorable dans son ensemble, se détache la bergère Eurilla, interprétée par la soprano Anouschka Lara, un nom à suivre. Du clavecin, dirige les solistes et son ensemble avec enthousiasme. Malgré les coupes, l’œuvre accuse quelques longueurs (plus de trois heures) et tout n’est pas du même intérêt. On est néanmoins admiratif de la rencontre réussie entre les arts, la beauté des masques et des costumes, l’humour et la poésie qui se dégage de ce spectacle « chambriste » conçu avec beaucoup de goût. Une résurrection baroque pleinement justifiée et un beau travail de troupe.

Crédit photographique : Jérôme Correas © Caroline Doutre

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