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Hommage à Anna De Amicis

Le récital de la soprano roumaine s’inscrit dans la série de ces disques consacrés à un prestigieux interprète du passé.

Parmi les enregistrements récents, ont ainsi vu le jour des programmes destinés aux grands chanteurs du XVIIIe siècle – les castrats Carestini, Senesino, Farinelli, Guadagni, notamment – ou encore aux divas du XIXème : hommages à Maria Malibran et Pauline Viardot, par exemple. L’idée en soi est fort intéressante, surtout quand elle permet, comme c’est le cas ici, de faire découvrir de nouveaux répertoires jamais, ou rarement, enregistrés. L’idée qui consiste à honorer la grande , une des plus brillantes sopranos du siècle des Lumières, une cantatrice qui travailla avec Gluck, Mozart, Hasse, Jean-Chrétien Bach et tant d’autres, est pour sa part tout à fait passionnante.

Encore faut-il trouver, parmi les interprètes actuels, ceux qui sont en mesure d’égaler, et pourquoi pas de dépasser, les grands modèles du passé. Avec des chanteuses de la trempe d’une Maryline Horne ou d’une Cecilia Bartoli, voire également avec Vivica Genaux ou Vesselina Kassarova – pour cette dernière à un moment critique de sa carrière… –, cela était assurément le cas. À propos des hommages aux grands castrats, ceux que l’on doit aux Jaroussky, Scholl et autres Zaepffel, nul ne pourra jamais dire si la voix de contreténor est véritablement apte à restituer, en timbre, en couleurs ou en volume, l’organe des interprètes légendaires du passé.

Il est clair en revanche que la jeune n’est pas encore, au stade actuel de sa carrière, en état de se mesurer avec une chanteuse qui inspira et enchanta les plus grands compositeurs de son époque. Même si la technique de la jeune artiste est accomplie et parfois même impressionnante, et si la maîtrise de la respiration permet à la cantatrice de restituer les longues phrases vocalisées de Giunia dans Lucia Silla, son timbre relativement ingrat et parfois légèrement strident, et surtout son incapacité à faire vivre le texte et les phrases de ses airs, sont autant d’éléments rédhibitoires pour un répertoire qui, plus que bien d’autres, a besoin du verbe et d’une réelle expression dramatique pour trouver sa consistance et son identité. Qui a jamais dit qu’une compétente Norina ou reine de la nuit – deux des rôles tenus par Teodora Gheroghiu à l’Opéra de Vienne – faisait une grande baroqueuse ? Ici, les notes piquées de l’Armida abbandonata de Jommelli ne sont que mécaniques, l’Eurydice de Gluck manque d’émotion, les airs de Giunia sont pauvres en couleur, insipides en fait pour quiconque a encore dans l’oreille la Gruberova des grands jours. Au pupitre, se démène tant qu’il peut pour colorer son orchestre, quitte parfois à forcer le trait afin de produire un dramatisme quelque peu exagéré et artificiel.

En dépit de ces défauts, cet enregistrement aura permis au moins de découvrir une jeune interprète au beau potentiel, mais dont la maturité interprétative est encore à développer. Par ailleurs le programme, fort intelligemment conçu, donne lui aussi l’occasion d’entendre de ravissants morceaux, comme par exemple ces deux airs de Jean-Chrétien Bach, compositeur dont les opéras font toujours aussi cruellement défaut dans les bacs de nos disquaires.

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