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Carl Nielsen, l’intégrale, volume n°1

trône cent coudées au-dessus des opus inutiles ou malingres qui encombrent les catalogues.

Pour s’en convaincre, à l’image de nombreux autres labels discographiques (on pense par exemple à BIS avec son intégrale Sibelius), la firme danoise Dacapo nous propose un copieux premier coffret consacré principalement aux six symphonies. Il sera loisible au propriétaire heureux de ce massif orchestral comptant parmi les plus recommandables et hautement fabuleux, de s’en délecter soit par l’écoute purement auditive (CD), soit par le renfort du regard (DVD).

En effet, l’ qui a tant de fois joué et enregistré la musique de garantit l’authenticité de la tradition dénuée d’esprit conservateur stérilisant. Des dizaines de chefs, compatriotes ou étrangers, ont défendu devant ces instrumentistes attentifs les œuvres immortelles d’un des symphonistes majeurs de son temps. porte sur ses épaules toute cette entreprise (à l’exception de l’excellente participation de son collègue invité à diriger quelques autres musiques orchestrales). Et ses épaules sont larges et solides comme nous l’avions indiqué auparavant.

Car ce précieux coffret ne contient aucune nouveauté récente. Le cycle symphonique avait déjà été enregistré chez Dacapo en 2001 puis repris par le label frère Naxos en 2008, avant de revenir dans la présente livraison. Les critiques contemporaines de l’enregistrement réalisé dans la salle de concert de la Radio danoise en 1999-2000 furent largement positives, reconnaissant  simultanément  les qualités du chef et de son orchestre rompus à l’œuvre de Nielsen. Les Symphonies n° 1 (1889-1894) et 2 (1901-1902) dite « Les Quatre tempéraments », soulignent justement les qualités idiomatiques d’un jeune créateur placé dans la descendance déjà renouvelée de et la proximité de l’inspirante atmosphère brahmsienne. La symphonie suivante (n° 3 de 1910-11) « Espansiva » correspond au sommet de la période dite psychologique du maître. Les interprètes en font très correctement ressortir les aspects positifs de la vie, du progrès en général, d’un rejet autorisé  et assumé du romantisme. Le premier mouvement Allegro espansivo concentre sur lui cette période heureuse et fortunée, et, déjà caractéristique de Nielsen. Son Andante pastorale fait intervenir une soprano et un baryton chantant sur la voyelle « a ». et Poul Elming figurent parmi les plus authentiques intervenants. assure comme il convient le virage moderniste et grave de la Symphonie n° 4 (1914-1916) sous-titrée « Inextinguible » notablement stigmatisée par la Première Guerre mondiale et un vieillissement douloureux du créateur, de sa société et de la musique qu’il défend et représente. Les deux timbaliers jouent, on le sait, un rôle majeur parfaitement mis en place dans cette version incandescente et sans concession. Quelques années plus tard (1920-1922) la Symphonie n° 5 accentue et magnifie les traits généraux à l’instant évoqués. Nielsen y précise magistralement ses qualités orchestrales, son pessimisme confirmé et déjà les traces d’une diminution physique inéluctable. Coup de théâtre enfin, avec la dernière Symphonie n° 6 (1924-1925) dite « Sinfonia semplice », où le Danois se trouve à l’intersection douloureuse d’influences diverses et souvent incompatibles. Quelle position adopter face à la modernité ? Lui qui rencontra Bartók, Stravinsky et Schönberg, lui qui connaissait un certain nombre de  musiques contemporaines, lui qui  sentait que son monde artistique  risquait d’être anéanti par les nouvelles générations, se lança dans une composition assez énigmatique et instable. Schønwandt qui a parfaitement compris cette problématique en donne une traduction interprétative troublante.

On retrouvera de visu ce cycle éminent sur les deux DVD fournis. L’image respecte les habitudes du genre : plans fixes, itératifs, statiques, dont l’avantage principal est de souligner les qualités de l’instrumentation. Le volet défendu par à la tête de la même phalange est également très satisfaisant (captation de 2006). Les oeuvres enregistrées appartiennent, soit au meilleur et au plus connu (Pan et Syrinx de 1917-18 et Ouverture Hélios de 1903), soit proviennent de la participation de Nielsen  au théâtre (ses deux opéras et des commandes de circonstances pour diverses  pièces).

La critique que l’on pourrait formuler au milieu de tant de louanges consisterait à souligner une discrète atténuation de l’idiome purement danois du maître de Copenhague comme défendu jadis par Erik Tuxen, ,  Thomas Jensen et même Ole Schmidt et , Paavo Berglund…

Séance de rattrapage donc pour investir Nielsen et son monde musical trop largement méconnu et dévalué. Des artistes d’une grande pertinence soulignent avec un zèle ardent le savoureux chassé-croisé esthétique aboutissant l’univers orchestral du grand Danois Carl Nielsen.