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Le Quatuor de Leipzig signe un Pettersson de référence

Pour être marginale au sein de l’œuvre d’, la musique de chambre recèle une pépite, comme le démontre l’anthologie réalisée par la violoniste chinoise Yamei Yu et le . Compositeur tardif, Pettersson compose en 1949 seulement sa première œuvre importante, le Concerto pour violon et quatuor à cordes. De manière très significative, il le renommera Concerto pour violon n°1, le rattachant ainsi à son phénoménal Concerto pour violon n°2 de 1977/1978 (avec Isabelle van Keulen chez CPO, Clef ResMusica) et à l’ensemble de sa production symphonique.

Importante à l’époque par son effectif – le plus développé auquel avait eu recours ce compositeur encore débutant de 38 ans, le Concerto n°1 l’est surtout par sa signification. Elève de Leibowitz et Honegger à Paris, Pettersson publie un essai en 1952, Dissonance douleur où il commente cette œuvre : « J’ai écrit un concerto pour violon qui, de manière symptomatique, est plein à craquer de dissonances. Dans le milieu dans lequel j’ai passé mon enfance, j’ai absorbé la douleur des hommes. C’était des hommes pauvres, brisés, malades et – ce qui est le pire – définitivement opprimés. D’abord j’en ai eu assez, d’abord inconsciemment, puis plus consciemment, et finalement j’ai ressenti une pression puissante vers l’extérieure, qui peu à peu s’est transformée en un intense besoin d’expression ».

Alors que l’interprétation par le Quatuor Mandelring chez CPO avait laissé l’impression d’une œuvre brouillonne et désarticulée, le et Yamei Yu (formée à Pékin, Munich et Berlin) prennent cette musique intense à bras le corps et y mettent toute la science de la construction de l’école allemande. Ils canalisent ainsi les conflits et l’expression viscérale de cette musique pour lui donner une cohérence qu’on n’imaginait pas, et la relie effectivement au corpus symphonique. On connaissait l’importance de cette œuvre pour Pettersson, on peut l’apprécier enfin à sa juste valeur.

La sélection de trois des Sept sonates pour deux violons (1951) montre un compositeur qui est devenu pleinement lui-même avant qu’il renonce complètement à la musique de chambre, tandis que les Deux élégies (1934), l’Andante espressivo (1938) et la Romance (1942) sont anecdotiques mais illustrent de manière pertinente le long chemin du compositeur.

Par l’intelligence de son programme et la force de son interprétation, ce disque est à ce jour la référence sur la musique de chambre de Pettersson.