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Beethoven par Chailly et le Gewandhaus

L’orchestre du Gewandhaus, première formation à avoir joué l’intégrale des Symphonies de Beethoven du vivant même du compositeur durant la saison 1825-1826, est incontestablement l’un des meilleurs orchestres spécialistes du maître de Bonn au monde. Le cycle de 2011 innove la tradition, bientôt vieille de 200 ans, en associant ces neuf monuments à des créations contemporaines, chacune inspirée par un motif, une note ou une conception musicale du géant.

Le samedi 29, le troisième concert de la série s’ouvre avec Grand Barcarolle, du britannique . Le compositeur a choisi le cadre traditionnel de la barcarolle pour exprimer des idées plus libres, comme l’a fait Beethoven dans sa 8e Symphonie sous la forme sonate. Malgré le titre, la pièce ne conserve pas toujours le balancement régulier à six temps. La Symphonie n°8 qui suit est une boule d’énergie, aux tempi généralement rapides. Les musiciens, fiers de perpétuer leur tradition-maison en tant que joueurs de Beethoven, semblent se prendre une cure de jouvence en interprétant ce bijou orchestral. La Symphonie n°3 est une véritable narration épique, insistant sur un aspect quasi homérique. La « Marche funèbre », plus grandiloquente que pathétique, est, pourrait-on affirmer, un sommet d’interprétation du genre. Le « finale » est certainement la quintessence du savoir-faire de cet orchestre, alliant l’héritage du passé à la modernité, dans une extraordinaire unité.

Le dimanche 30, on entend dans la  Symphonie n°4 une marche constante, toujours rapide mais sans jamais de précipitation. Même l’« Adagio », habituellement assez méditatif, avance résolument, très communicatif. Dans la Symphonie Pastorale, ne propose pas aux auditeurs des « tableaux » dépeignant différentes scènes bucoliques, mais les invite à y participer. Au premier mouvement, il les éveille à des « impressions joyeuses » et vives. Les deux mouvements suivants sont plus descriptifs – on « regarde » les ruisseaux et la réunion des paysans –, avant la profonde inquiétude ressentie au milieu de l’orage déchainé. Puis, le « chant de pâtre » berçant amène vers une paix spirituelle authentique. C’est une interprétation étonnamment fidèle à l’indication du compositeur sur la partition : « Plutôt expression du sentiment que peinture ». Entre les deux, Upon one note de . La note de si bémol, celle du début de la Symphonie n°4 de Beethoven, traverse toute l’œuvre. Les percussions y jouent un rôle important, ainsi que des micro-tons (surtout aux bois), aux touches plus ou moins exotiques : par moments, on remarque une imitation, peut-être involontaire, des gamelans.

Au dernier concert, le lundi 31, joue la carte de la paraphrase sur « la chaine de quartes descendantes qui forme le premier motif de la  Symphonie n°9 », avec la même instrumentation de Beethoven. L’ultime œuvre symphonique de celui-ci est exécutée avec encore plus d’énergie, ce qui n’empêche pas une attention fine portée aux moindres détails. Le chef opte pour un tempo « normal » pour les trois premiers mouvements avant de s’attaquer à l’« Hymne à la joie » dans une jubilation totale, enlevée. Tout va magnifiquement bien jusqu’à l’entrée de la voix, en l’occurrence le baryton, qui chante trop haut par rapport à l’orchestre, créant un bizarre décalage. Les quatre chanteurs semblent posséder des voix qui ne correspondent pas tout à fait au caractère de l’orchestre, ni sur le plan de la puissance ni sur celui du timbre. En revanche, le chœur de Radio France, homogène et naturel, offre une prestation méritoire, bien que la tessiture la plus aiguë soit parfois quelque peu forcée. Cependant, le rayonnement et le dynamisme de l’orchestre et le charisme du chef effacent totalement ces défauts, comme en ont témoigné les ovations interminables après la toute dernière note.