ResMusica - Musique classique et danse
- ResMusica - https://www.resmusica.com -

L’autre Bernard Herrmann révélé

En tirant sa révérence à 64 ans, était déjà depuis longtemps entré au panthéon des compositeurs de musiques de film. Et, depuis lors, ses partitions ont marqué durablement le psychisme de millions de spectateurs sous toutes les latitudes. En revanche, lui qui ne se considérait pas uniquement comme un maillon majeur d’une œuvre cinématographique, n’aura pas connu la franche reconnaissance pour sa musique dite classique ou sérieuse. Et, c’est bien regrettable si l’on se rappelle par exemple de l’intérêt de son unique symphonie (1941) à (re)découvrir soit avec l’Orchestre Philharmonique National dirigé par le compositeur chez Unicorn records en 1974 : inoubliable ! ; soit avec le Symphonique de Phoenix  dirigé par James Sedanes chez Koch en 1992 : excellent !

Alors, pourquoi ne pas étendre nos connaissances et découvrir les deux œuvres que nous propose le label Chandos ? Le 11 avril 1940, l’Orchestre philharmonique de New York placé sous l’autorité de John Barbirolli créa à Carnegie Hall, Moby Dick, une cantate pour chœur  d’hommes, solistes vocaux, grand orchestre et tambourins, d’après l’œuvre de Melville que Herrmann connaissait et appréciait depuis son enfance. La partition, dédiée à Charles Ives que le compositeur connaissait et tenait en haute estime, décline tout un pan dramatique de ce créateur marginalisé. Dans son ensemble Moby Dick partage de nombreux points communs avec les grandes œuvres  chorales composées par les Britanniques. Sans être une découverte particulièrement saisissante, les quarante-cinq minutes qu’elle dispense ne manquent ni d’intérêt ni de mérite. Sous la direction très efficace et intelligente du chef danois ces deux musiques reçoivent une impulsion stimulante grâce aux qualités  patentes exprimées par l’Orchestre symphonique national danois, le chœur  national danois et les deux admirables solistes, ténor et baryton, dans leur rôle respectif de Ismael/Starbuck et Ahab. Pour un autre regard et dans un autre cadre, en somme !

L’autre œuvre enregistrée est la Sinfonietta pour cordes (1936) redevable de l’influence manifeste de la Seconde Ecole de Vienne (Schoenberg, Berg, Webern) à laquelle Herrmann fut sensible à cette époque avant de s’en éloigner et d’opter pour des critères musicaux nettement moins avant-gardistes. Plus tard, au début des années 1960, le compositeur américain l’utilisera en partie dans le cadre de son travail sur Psycho, le film culte d’Alfred Hitchcock.