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Leçon de musique russe par Judith Ingolfsson et Vladimir Stoupel

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Igor Stravinsky (1882-1971) : Divertimento ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Sonate pour violon et piano op.134. Judith Ingolfsson (violon), Vladimir Stoupel (piano). 1 CD Audite. Référence 92.576. Code barre : 4022143925763. Enregistré à la Villa Siemens de Berlin les 7-9 janvier 2011. Notice bilingue (anglais, allemand). Durée 54’39’’

 

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Il est des cas où l’ « arrangement » (et tout ce qui y est assimilé de près ou de loin) devient une œuvre d’art à part entière –en matière pianistique, Liszt a transcrit et/ou adapté un certain nombre de pièces majeures tandis que Busoni a réalisé de véritables bijoux à partir de pages célèbres du Kantor de Leipzig. Lorsqu’un compositeur est, pour une raison ou une autre, amené à réécrire lui-même une partition sur base de sa propre musique, des « miracles » se produisent parfois. Ainsi, le célèbre Divertimento pour violon et piano de Stravinsky est-il tiré du ballet en quatre scènes Le Baiser de la fée (1928) dans lequel l’auteur du Sacre du printemps rendait hommage à Tchaïkovski en lui empruntant quelques thèmes de jeunesse. L’« adaptation » chambriste, réalisée avec la collaboration de Samuel Dushkin en 1932, n’est pas une simple réduction de l’original –loin s’en faut- mais une œuvre autonome, perle du répertoire violonistique de la première moitié du XXe siècle.

nous en livre une version admirable et puissante. Si, en entendant son jeu d’archet, on pense à l’école franco-belge de violon, on n’est effectivement pas étonné d’apprendre que, comme après elle, la musicienne a suivi les cours de Josef Brodsky (lui-même dernier élève d’Eugène Ysaÿe) au Curtis Institute de Philadelphie. Ceci explique cela. Outre l’époustouflante virtuosité dont elle fait preuve, Ingolfsson explore le monde expressif de Stravinsky avec une intelligence remarquable et parvient à passer en une fraction de seconde de l’humour sardonique au lyrisme le plus intense. La prestation est d’autant plus extraordinaire qu’elle se fait en parfaite complicité et équilibre avec le clavier de qui participe à la réussite totale de cette version.

Stravinsky cédant la place à Chostakovitch, c’est la (longue) Sonate op.134 qui accompagne le Divertimento, nous expédiant dans un univers tout à fait différent. Créée par et le compositeur lui-même, la présente interprétation vole également très haut. Dramatiquement très intense (jusqu’à nous emmener dans des atmosphères glaçantes), le caractère dramatique et tragique est idéalement rendu par le duo, toujours infaillible de virtuosité (l’Allegretto central). Certes, on sort musicalement « assommé » de ce récital. Mais c’est pour la bonne cause !

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