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Festival L’Esprit du Piano

Créé l’an dernier, le festival L’Esprit du piano s’impose déjà à Bordeaux comme événement musical de la ville, offrant des récitals de grands maîtres (Aldo Ciccolini pour la première édition et Joachim Achuccaro cette année) et de jeunes pianistes.

Le 26 novembre, l’intégrale des Années de Pèlerinage de par , est un grand moment de la manifestation. Extrêmement puissante, son interprétation atteint un tel degré de perfectionnement que l’on se demande s’il pourrait exister une version encore plus accomplie. Plutôt que de varier des pianissimos pénétrants, Chamayou met en avant diverses colorations de fortes qui résonnent idéalement dans les boiseries du Grand Théâtre. Toujours sur la coloration, il réalise une polyphonie avec la sonorité. Par exemple, la ligne mélodique principale, très en dehors, avec un son cristallin sur des contre-mélodies ou des harmonies aux couleurs totalement différentes : feutrée, veloutée, métallique, ternie… Il a une vision claire de l’ensemble grâce à une analyse très détaillée de chaque morceau, sans négliger aucune note, ce qui donne un discours solide et convaincant. S’il est virtuose sur le clavier, il l’est aussi pour les pédales. Sa technique de pied extrêmement fine et subtile participe à l’édification d’une exécution véritablement magistrale. Ce fut un récital envoûtant où le pianiste nous a montré la quintessence de la musique de Liszt dans sa profondeur.

Le 27 au matin, Mu Ye Wu, né en 1985 à Pékin, 4e prix du concours Marguerite Long-Jacques Thibaud en 2004, joue Beethoven, Chopin et Liszt. Après une « Appassionata » de Beethoven assez réussie, les 24 Préludes de Chopin sont disparates et décousus. Sauf quelques beaux moments, le rapport entre les deux morceaux qui se succèdent est souvent flou et cela paraît être guidé par une seule intuition. Après une lecture de Dante de Liszt manque, semble-t-il, de… lecture, celle approfondie de la partition. En bref, avec un peu plus d’analyse et de construction logique, sa musicalité sera certainement mieux valorisée.

Le même jour, dans l’après-midi, offre un programme intitulé « B.A.C.Hianas & Transcriptions », basé sur le disque sorti en 2009 Outre la très célèbre Chaconne transcrite par Busoni, ou l’Aria de Villa-Lobos, interprétés dans un rythme propre à chaque compositeur, on entend des pièces plus ou moins rares, dont trois Saint-Saëns. Bismuth les exécute avec assurance, notamment « Bourrée » des six Etudes pour la main gauche, avec un caractère rigoureux, presque austère, image assez inhabituelle du compositeur. Un programme original, minutieusement préparé, et il serait certainement encore plus intéressant d’intégrer des transcriptions plus récentes ou contemporaines.

Crédit photographique : © Richard Dumas – Naïve / © Paola Salerno