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Emmanuel Pahud à la Cour de Frédéric le Grand

Planté devant un hypothétique champ de blé et un ciel Technicolor, affublé d’une veste colorée garnie de boutons dorés d’où dépassent des manchettes de broderies ajourées, semble poser pour la promotion d’un album de « Rondo Veneziano ». Quand en plus, le titre de l’album est intraduisible en français sans soulever l’équivoque, on se dit que le département marketing d’EMI s’est certainement fourvoyé dans cette promotion.

Heureusement, le contenu est de loin supérieur à l’emballage. Les deux cd’s contiennent des musiques inédites très intéressantes et une interprétation digne de la réputation du flûtiste. Dans l’intéressante notice de cet album, justifie ses choix musicaux en nous conviant à la Cour de Frédéric II de Prusse dont il a dépiauté la vie culturelle. Le Roi était un amateur des arts et de la musique en particulier. Il jouait de la flûte et le compositeur Joachim Quantz était son professeur. Il ne manquait pas à l’occasion d’offrir à son mécène des compositions comme ce Concerto en sol qui figure dans cet album.

Accompagné avec brio et énergie par un vibrant Kammerakadamie Potsdam, tout le premier disque dédié aux concertos permet d’entendre un Emmanuel Pahud en grande forme. Soignant le phrasé et le son de l’instrument, on se régale de la clarté de son discours musical. Pas de sophistications inutiles, un jeu simple et direct qui confirme l’excellence de ce musicien. Particulièrement réussi, l’allegro con brio du Concerto en mi mineur de Franz Benda qui met en valeur l’impressionnante virtuosité du soliste suisse.

A noter encore, le concerto composé par le roi Frédéric lui-même. Dans cette œuvre, on sent bien la musique de cette époque. On cherche à se séparer de Bach et Mozart n’est pas encore là ! Une œuvre de transition qui, si elle n’a pas encore un caractère bien défini dénote l’esprit de renouveau qui s’empare de la musique de cette période. Et, certes, tout intellectuel qu’il soit, le roi Frédéric II de Prusse n’a pas laissé une trace inoubliable dans l’histoire de la musique.

Le second disque de cet album est quant à lui dédié à la musique de chambre qui se jouait à la cour de Prusse. Une occasion d’entendre Emmanuel Pahud dans des œuvres parfois plus intéressantes d’un point de vue du traitement de l’instrument. Ainsi, la Sonate en la mineur de Carl Philipp Emanuel Bach est une œuvre jouée a capella. Quinze minutes de pur bonheur.

Ce second disque permet aussi d’apprécier les musiques de compositeurs qu’on n’a pas souvent l’occasion d’entendre, comme la princesse Anna Amalia de Prusse, la sœur cadette de Frédéric II. Ainsi qu’une sonate enjouée et sautillante du roi Frédéric II de Prusse.

En faisant l’impasse sur la couverture Dysneyland de cet album, il mérite cependant le détour. D’une part par la qualité d’interprétation de la musique de cette époque et d’autre part, par la très intéressante documentation de la notice sur la cour de Frédéric le Grand.