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Masaaki Suzuki dirige un Bach parfait mais sans surprise

En recevant le quarante-neuvième volume de l’intégrale des cantates de Bach par , on est à peu près sûr de ne pas avoir de mauvaise surprise. Et pour cause, le chef et ses musiciens sont parfaitement rôdés à la musique du maître (qu’ils gravent à un rythme efrréné depuis 1995), leur technique et leurs réflexes sont parfaitement affûtés et leur maîtrise du sujet au-dessus de tout soupçon. Seulement voilà, pour peu que l’on ait suivi de près (ou même de loin) cette intégrale en cours, rien ne surprend plus dans la direction du Japonais.

Certes, tout est ici objectivement bien équilibré. Mais si le contrepoint (instrumental et vocal) est toujours parfait, cela semble (trop) souvent se faire au détriment de la souplesse et de  l’expressivité -la tristesse de l’introduction de l’air Es ist vollbracht de la cantate BWV 159 est tellement retenue qu’elle tend à disparaître complètement. Suzuki semble avancer sur ses acquis sans prendre aucun risque de tempo, de rubato ou de phrasé. En choisissant de distribuer la partie de soprano des airs basés sur des chorals luthériens (cantates BWV 156 et 159) aux voix féminines du chœur, le chef  prend une option qui nous prive d’entendre la voix radieuse de qui fait pourtant des merveilles dans Jesus soll mein erstes Wort, seul air du disque à lui être confié.

Il faut reconnaître au quatuor vocal une beauté absolue, malgré les infimes problèmes d’intonation de et dans les notes extrêmes de leur registre. Pour le reste, Suzuki peut se féliciter de son choix on ne peut plus pertinent ( n’a décidément rien perdu de son expressivité et de son élégance !). S’il n’a pas la souplesse et la beauté plastique du Collegium Vocale Gent de Phillipe Herreweghe (la crème de la crème malgré une esthétique portée sur le legato), le chœur du ne montre aucune lacune ; tout au plus est-il un peu sec. Si cela n’enlève rien à la qualité exceptionnelle de cette intégrale entamée il y a plus de 15 ans, la réserve dont fait en l’occurrence preuve Suzuki peut gêner les amateurs d’un Bach au caractère bien trempé. Question de caractère, sans doute…