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Le Ballet Igor Moïsseïev à Paris : dépaysement et authenticité

Fleuron de la danse folklorique russe, la compagnie du Ballet Moïsseïev revient en France, près de dix huit ans après leur dernière tournée et pour leur dixième visite.

Composée d’une centaine de danseurs et de musiciens, elle perpétue le répertoire constitué (de pas moins de deux cents pièces !) par son créateur disparu en 2007. C’est avec beaucoup de respect qu’il faut parler de cette troupe, longtemps ambassadrice de la culture soviétique hors des murs russes, et désormais sans la même fonction politique et sans son père fondateur. Auréolée certes de sa gloire, il semble qu’elle possède toujours une intégrité, en ne reniant pas ses sources (ce qui a fondé le fond de son répertoire, avec les danses de caractère issues des différentes républiques qui ont constituées l’URSS en son temps), et en maintenant le lien avec un monde en pleine évolution (intégrant des danses d’autres nations).

Avec un vivier de jeunes danseurs, mélangés avec des anciens plus expérimentés, on voit évoluer avec beaucoup d’émotion des ensembles évoquant l’expression nécessaire des sentiments liées à une célébration : on imagine aisément L’Été, extrait de la suite Les Saisons, prendre place durant un mariage sur la place publique, ou après les moissons, et lier un groupe à une joie collective. Ce sentiment irrésistible de rejoindre la scène est un hymne à la célébration du genre humain.

On y retrouve la force de ces danses qui accrédite fort bien la thèse selon laquelle l’Art est supérieure à la Nature : la danse Kalmouke, par une représentation du vol des aigles ou des comportements animaux (qui fascinent par ailleurs l’homme) est d’une puissance évocatrice poignante et qui exhorte à un imaginaire issu des steppes où séjournaient les descendants des conquérants mongols.

Un même rayonnement irrigue le tableau des Partisans, où l’intelligence du chorégraphe fait intervenir la métonymie en répercutant le tressautement de la mitraillette sur le danseur tout entier. Ne méprisant aucune des potentialités du corps, le vocabulaire des danses est enrichi par l’utilisation de l’en-dedans, démultipliant les combinaisons de pas.

Tout comme les grandes tragédies classiques, des touches humoristiques de l’homme dépassé par sa technique (Un jour sur un navire), l’attendrissement d’enfants jouant à la lutte, comme des grands (La lutte des deux gamins) tempèrent l’exacerbation des sentiments, et l’on se sent rassasié de toutes les émotions.
Enfin, avec une vigueur que seul le groupe permet, chacune des individualités en ressort plus brillante encore, et l’on retrouve en final un Gopak, forcément endiablé, mêlant virtuosités circassiennes et exploits surhumains (où la vitesse, la hauteur des sauts, l’effet de dilatation des ensembles impressionnent fortement ; ici, pas de besoin de lunettes spéciales pour apprécier la dimension spatiale !).

Avec son caractère particulier et son identité propre, on ne peut donc que s’extasier devant tant de professionnalisme et de rigueur dans le travail d’une troupe qui mérite autre chose que les fêtes de fin d’année pour être acclamée.

Crédit photographique : © V. Vyatkin, E.Masalkov

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