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5e biennale de quatuors à cordes : la création du 13e quatuor de Rihm

Parmi les 19 concerts donnés par 20 quatuors durant cette cinquième biennale de quatuors à cordes, le clou était sans doute la création mondiale du Quatuor à cordes n°13 de , en première partie du concert de la soirée du jeudi 19 janvier, par le fidèle qui a créé la plupart de ses œuvres pour cette formation. L’œuvre est en principe tonale, facile à suivre, avec différentes formules répétées – comme on l’entend dans d’autres pièces pour quatuor du compositeur. Ces répétitions font d’abord vaguement penser à la musique minimaliste, mais on comprend vite que le procédé est totalement différent, plus « classique » avec la notion de développement de motif. Après des successions de séquences composées de trémolos et d’attaques, mais aussi de lignes lyriques, les passages calmes à notes longues vers la fin marquent un fort contraste par rapport au début. Irvine Arditti, premier violon du Quatuor du même nom, note dans le programme que Rihm a prononcé un seul mot à propos de cette œuvre : maniaque. On pourrait le remplacer par « obsession » ou « obstination » compte tenu des répétitions frénétiques de différents motifs. L’interprétation – magistrale – est dynamique et limpide, comme toujours chez les Arditti, ce qui a incontestablement contribué à la réussite de cette création.

En deuxième partie du concert, les jeunes musiciens du Quatuor Ebène se montrent à la hauteur de leurs aînés dans Rosamunde de Schubert et le 1er Quatuor de Tchaïkovski. Ils savent doser très justement l’ardeur fiévreuse des « Allegro » et la tendresse infiniment délicate des « Andante », assimilant pleinement le caractère spécifique de chaque musique. Il en va de même pour l’arrangement de Come Together des Beatles donné en bis. C’est une rare formation qui respire véritablement la musique, tant dans le répertoire classique que « hors-classique », qui plus est de très haut vol.

Auparavant, le donne sa prestation à l’Amphithéâtre. Le jeu, très énergique et en soi de belle qualité, accuse parfois un décalage entre la partition et la passion à la manière de post-romantisme dont les musiciens font preuve, ce qui crée une sorte d’anachronisme musical, notamment dans Schubert.

Deux jours avant ces concerts, le mardi 17, un grand vétéran mondial, le , joue un beau programme germano-hongrois dans une confrontation classique-moderne. La grâce infinie dans Mozart, une certaine barbarie dans Bartók et une profonde maturité dans Beethoven se complètent avec une partition miniature de Rihm, de trois minutes à peine, qui tient en une page. Notons que dans l’« Adagio » de Mozart, le premier violon fait chanter la mélodie presque comme un bel canto, démontrant l’incroyable modernité du compositeur.

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