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Frédéric Blanc, organiste : l’improvisation au sommet

Quel plaisir de retrouver improvisant à l’orgue. Certains organistes sont des improvisateurs nés, dont les dons se révèlent peu à peu tout naturellement, à l’instar d’un apprentissage identique à celui de la parole chez le jeune enfant, comme nous le fait justement remarquer lui-même. Depuis ses premiers disques improvisés sur l’orgue de Saint-Sernin à Toulouse avant sa dernière restauration, parus chez Motete, et qui furent une véritable révélation, Frédéric Blanc s’est imposé d’emblée comme l’un des plus grands de son temps, représentant parfait de la grande tradition française des organistes improvisateurs. On retrouve chez Frédéric Blanc quelques influences, évocatrices de Maurice Duruflé, Jehan Alain, ou Pierre Cochereau. Ce dernier l’inspire, à l’évidence, laissant pour autant émerger un chant très personnel à cet artiste qui fait grandement honneur à cet art et à cette école.

Le disque débute avec ce que l’on pourrait appeler une mini-symphonie en plusieurs mouvements enchainés. Cette première improvisation sur un thème unique (construit sur les lettres du nom de la présidente des amis de l’orgue de Chartres), nous offre un orgue en gloire, sonnant de tous ses feux, de toute sa puissance, mais de toutes ses subtilités également, dans les divers climats de cette œuvre. On ressent l’orgue de Chartres fait pour ça ! Le langage, très français, se construit sur un langage harmonique où la modalité occupe une place de choix. Et cela va se retrouver par la suite dans les autres improvisations. Ce qui frappe ici également, c’est cette suite dans les idées, cette qualité d’enchainer avec succès plusieurs trouvailles à la suite. Une nouvelle fois, l’organiste s’en explique : « j’ai en mémoire ce que j’ai joué, je suis conscient de ce que je joue et j’anticipe déjà sur ce qui va venir ». Voilà bien un élément d’importance dans la compréhension du cheminement de l’improvisateur, numéro d’équilibriste, de magicien.

La suite du disque passionne encore, notamment le deuxième mouvement du tryptique symphonique (andante et scherzo) nous entrainant dans une musique planante, sur les fonds sublimes du Cavaillé-Coll d’Auteuil. Autre Cavaillé-Coll, celui de la Madeleine à Paris, récemment restauré et agrandi par le facteur Dargassies, qui se fait entendre ici avec fracas et panache. Comment un seul interprète peut-il générer autant de force, d’énergie ? Cela reste bien là la magie de l’orgue.

nous offre pour conclure deux approches musicales sur deux orgues modernes de Düsseldorf (Allemagne). Esthétique néo-symphonique, plus moderne, mais idéale pour improviser, créer dans l’instant, ce qui, en cas d’inspiration, constitue in extenso une nouvelle composition. On se souvient des reconstitutions d’improvisations de Charles Tournemire, ou de Pierre Cochereau, qui valent bien et parfois surpassent leurs propres compositions. Les improvisations de seront-elles aussi peut-être un jour transcrites sur partition, aux côtés d’autres qui le mériteraient, comme certaines improvisations de Michel Chapuis.

Tous ces instants furtifs ont été captés en concert, de manière remarquable : le son est ample, naturel et profond.
Un disque inspiré, et captivant, de la première à la dernière note.

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