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Monster music : d’épouvante et d’horreur…

Naxos met en boîte quelques volumes de sa collection à l’usage des cinéphiles, enregistrée à l’origine pour le label Marco Polo. Cette anthologie comprend naturellement la partition fondatrice du genre « monstrueux », le King Kong écrit en 1933 par l’infatigable . C’est lui qui, pour une bonne part, a transféré dans la musique de film hollywoodienne les procédés de Wagner et de Richard Strauss, au service d’une narration vive et colorée, gage d’efficacité pour un style dont l’influence perdure encore aujourd’hui. Naxos y a joint The Son of Kong, médiocre sequel, mais intéressante partition tragi-comique, et The most dangerous game (sans monstre, mais avec Leslie Banks dans le rôle du féroce Comte Zaroff !), une chasse à l’homme superbement conduite. On regrette de ne pas disposer dans le coffret d’une de ses compositions les plus curieuses, The beast with five fingers, fantaisie sur la Chaconne de Bach qui illustre les crimes commis par la main d’un pianiste mort.

Les films d’horreur choisis pour illustrer la décennie suivante sont pour la plupart routiniers, malgré la présence d’acteurs comme Basil Rathbone, Vincent Price ou Bela Lugosi. Les partitions sont troussées à plusieurs mains et à un rythme effréné par des compositeurs souvent venus d’Europe centrale, comme , élève de Berg, ou Paul Dessau. Ces conditions de travail, ainsi que des scénarios rocambolesques (en particulier House of Frankenstein avec Boris Karloff) donnent des partitions composites mais imprégnées d’atmosphère gothique. Les deux volumes consacrés à cette période sont évocateurs, à défaut d’être toujours passionnants.

est quant à lui anglais, et travailla pour la célèbre Hammer. Malgré une teinture dodécaphonique, Curse of the werewolf, avec Oliver Reed, s’inscrit habilement dans la tradition. The prisoner (avec Alec Guinness), dépeint la torture mentale que subit un prêtre dans un régime communiste. Des découvertes intéressantes, qui donnent envie de connaître le reste de l’œuvre du compositeur, notamment ses symphonies et son opéra.

Avec Wojciech Kilar, on aborde deux autres périodes tout à fait différentes. Pearl in the crown (1972) et The Beads of one rosary  (1980) datent de son travail pour le cinéma polonais et sont deux films à forte empreinte sociale. Ses autres compositions sont récentes et illustrent le style hollywoodien dominant, certainement efficace, mais assez grossier dans ses recettes empruntées au New age.

Le beau travail effectué par John Morgan pour reconstruire et orchestrer des partitions souvent perdues ou mal éditées est bien servi par les forces moscovites dirigées par , tout comme par les excellentes contributions des ensembles britannique et polonais. Le coffret s’adresse avant tout aux amateurs de musique de film, un genre qui demande un type d’écoute particulier, mais il ne devrait pas les décevoir.

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