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L’essence de De Falla avec Bavouzet et Mena

Arrivé aux manettes du , le chef d’orchestre espagnol reste fidèle à Chandos, le label historique de l’orchestre. À juger le titre donné à ce disque : «La Música de España », on peut supposer que ce premier volume sera la base d’une belle série consacrée aux compositeurs ibères.  La finalisation d’un tel projet serait une merveille idée tant les qualités du de Manchester et le fini éditorial Chandos seraient des atouts indéniables dans le marché actuel du disque.

En attendant, signe un disque épatant et très personnel dédié De Falla. Dans El Sombrero de tres picos, il fuit toute vision d’une Espagne de carte postale ou de virtuose gratuit de l‘orchestre pour imposer De Falla tel qu’il est. On pointe donc un magnifique travail sur les timbres et la lisibilité des pupitres, en droite ligne de l’amour du compositeur pour Debussy, Dukas et Ravel, mais avec ses particularités : brio de la science orchestrale et violence éruptive. Les contrastes sont ainsi très marqués dans une lecture plus symphonique que chorégraphique mais qui travaille, jusqu’aux moindres détails, le matériau orchestral. La césure des thèmes et des climats n’est pas sans dérouter dans cette lecture anti-démagogique mais soignée et réfléchie comme jamais. On tient ici la grande référence moderne de la partition après les lectures indémodables d’Ansermet (Decca), d’Ozawa (DGG) et Boulez (Sony).

Changement d’ambiance avec les teintes des Noches en los jardines de España où le chef est rejoint par . Ensembles, ils gravent une version presque définitive de ce chef d’œuvre. Juanjo Mena et son pianiste arrivent à cerner toutes les références stylistiques de De Falla tout en mettant aux avants plans la modernité de l’écriture orchestrale. Debussy, Ravel mais aussi Liszt sont cité mais dans une optique un peu sèche, tel un impressionniste plus suggestif que sensoriel.  Grand connaisseur et intégraliste de l’œuvre de Debussy (Chandos) et Ravel (MDG), sait replacer cette œuvre dans ses références historiques. Son toucher, un peu sec évoquant l’art de Jacques Février, Robert Casadesus ou Jean Doyen. Un toucher, très français, coloriste mais pas trop, évocateur mais pas narratif, mais qui soigne l’agogique et la philologie de cette partition. Les dosages, parfois infinitésimaux et le soin apporté aux dynamiques, complétés par une entente chef/orchestre exceptionnelle dans le partage d’une lecture aux ambitions communes, font de cette version une des plus belles lectures disponibles et surtout l’une des plus personnelles du catalogue avec celle du regretté Rafael Orozco et d’Edmon Colomer (Auvidis). Les classicistes ou les coloristes seront quant à eux fidèles aux disques d’Argerich/Baremboïm (Erato), Larrocha/De Burgos (Decca) ou des consensuels Colom/Pons (Harmonia/Mundi).

Ce disque se clôt par une  lecture vitaminée des Homenajes à Debussy et Dukas qui montre, dans ces saynètes instrumentales, à quel point le chef Juanjo Mena est impactant à la tête d’un orchestre stylistiquement d’une flexibilité sans faille.