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Gajusz Kęska raconte Szymanowski

Qui dit « piano polonais » pense généralement à Chopin. Ce dernier ne fut pourtant pas le seul de ses compatriotes à laisser une série de chefs-d’œuvre destinés à son instrument. Admirateur inconditionnel de son aîné (dont il admettait sans mal l’influence), nous a en effet légué de captivantes partitions pour le clavier. Outre quelques pièces de genre, il composa trois sonates aussi réussies que différentes. Ecrites à intervalle presque régulier (1904, 1911, 1917), elles contiennent chacune de passionnants moments de musique même si l’évolution esthétique du maître donne l’avantage aux deux pages les plus tardives.

Du romantisme crépusculaire de la première sonate (mélodiquement marquée par Chopin mais harmoniquement plus moderne) au langage de maturité de la troisième en passant par la deuxième aux accents scriabiniens, est manifestement familier de cette musique qu’il interprète avec aisance et assurance. Bien qu’il gagnerait parfois à creuser un peu plus les nuances « intermédiaires » dans la Sonate n°1, il se joue de toutes les difficultés techniques que recèlent ces partitions à la texture dense, recrée l’univers esthétique propre à chaque œuvre et souligne habilement les intentions harmonico-mélodiques du compositeur (ce qui n’est pas une mince affaire !). Malgré quelques passages plus prosaïques, il distille de beaux moments de magie et tient toujours son auditeur en haleine grâce à un sens narratif non-négligeable (écoutez la manière dont il « gère » la dramaturgie du puissant finale de la Sonate n°2).

Sans forcément atteindre au miracle, nous livre en somme une version très recommandable de ces pages trop rares au disque (l’op.8 a été récemment gravé par Rafal Blechacz (DGG)). Celle-ci s’installe donc confortablement aux côtés de la (belle) lecture de Raymond Clarke (Minerva), seule alternative digne de ce nom au présent double album. A acquérir en toute confiance…

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