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Don Quichotte et le Mariinsky, un coup pour rien

L’idée de marquer le centenaire de la mort de Massenet par un nouvel enregistrement de son Don Quichotte était une idée pour le moins réjouissante, les grands enregistrements récents de cet opéra remontant à 1993 pour la version dirigée par Michel Plasson (avec Van Dam, Fondary, Berganza), à 1977 pour celle, non moins somptueuse, de Kazimierz Kord et son luxueux plateau (Ghiaurov, Bacquier Crespin). Et si les affinités de avec l’univers musical de Massenet ont déjà été mises en avant lors de précédents enregistrements (électrisante version de Hérodiade avec Fleming et Domingo sans oublier le capiteux récital « Homage : the Art of the Diva » enregistré en 2006 avec la soprano américaine), l’hommage du Mariinsky était également un moyen de rappeler que le rôle-titre de cet ouvrage avait été autrefois conçu pour la grande basse russe Féodor Chaliapine, laquelle avait promené son personnage sur toutes les scènes du monde pendant plusieurs dizaines années. Le résultat est-il pour autant à la hauteur des espérances ?

La réponse est clairement « non ». Si les luxuriances orchestrales de Massenet sont étouffées par une prise de son décidément peu flatteuse, le plateau vocal est bien loin quant à lui d’être à la hauteur des précédentes versions. , en dépit de belles qualités musicales, fait valoir un instrument usé et fatigué, débitant un français à la limite de l’intelligibilité. La diction est également le problème majeur, et dans un tel contexte rédhibitoire, que posent les autres solistes, même si tous bénéficient de moyens vocaux en adéquation avec leur rôle. Dotée d’un beau mezzo chaud et clair, se voit incapable de suggérer les ambiguïtés du beau rôle de Dulcinée, autrefois magnifié au disque par Crespin puis Berganza pourtant en fin de carrière. Et si le métal du baryton d’Andreï Serov destine sans doute cet artiste à un bel avenir, il ne fera oublier aucun des deux modèles que constituent Bacquier et Fondary, lesquels savent, eux, faire passer un texte et jouer des sonorités de la langue française ! Le chœur et les rôles secondaires sont eux aussi indifférents au poids et à la valeur du mot, à l’exception de Didier Jouanny, visiblement le seul francophone de la distribution.

Une réalisation sympathique, donc, mais qui a bien peu de chances, en raison de son manque d’idiomatisme, de bouleverser la discographie de cet ouvrage de Massenet.