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Paul Brousseau dans l’atelier de Jacques Pasquier

À emporter, Documentaire, DVD, DVD Musique

Dans l’atelier de Jacques Pasquier. Réalisation : Sonia Cantalapiedra. Musique : Paul Brousseau. Production : Les Films d’un jour, Normandie TV. 1 DVD L’Harmattan. Code-barre : 9782296134461. Langue : français. Sous-titrages : non. Bonus : La Fragrance des doubles (26’). PAL 16/9, son PCM stéréo. Zone : toutes. Durée totale : 80’

 

L’homme en blouse maculée de tâches de couleurs, vu de profil, enfile des gants de plastique blanc. « Je vais détruire » annonce Jacques Pasquier dans une séquence du portrait sensible que lui consacre la cinéaste Sonia Cantalapiedra avec une musique du jeune compositeur . Le peintre recouvre d’un aplat blanc une scène colorée et dont le trait semblait dessiner une scène figurative. Dans cette détermination et dans ce geste ferme, pas de vengeance, de frustration et encore moins d’affichage démonstratif ou de posture de défi. Seulement un moment de l’acte créateur vers l’achèvement de l’œuvre, quand au terme de la lutte que le peintre et la toile se livrent l’un contre l’autre, l’énergie du tableau se trouvera égale à celle du peintre.

Peintre, graveur, sculpteur d’œuvres en terre cuite, Jacques Pasquier naît à Caen en 1932, où il travaille toujours. Il évoque le choc de douze bombes qui s’abattent non loin de lui durant la guerre, et le traumatisme de la guerre d’Algérie, où il est envoyé. Il en reviendra avec la décision d’abandonner la bande dessinée pour se consacrer à la peinture. Autant d’événements qui ont participé de manière fondatrice à sa vocation.

Le film « Dans l’atelier de Jacques Pasquier » et l’exposition « Jacques Pasquier – Les Traversées, Rétrospective 1946-2012 » au Musée Eugène Boudin à Honfleur, du 28 avril au 25 juin 2012 démontrent l’actualité du travail du peintre et permettent de comprendre la démarche et le parcours de cet artiste humaniste, qui notait en 1964 :

Il y a une paroi qui s’appelle l’ignorance.
Il y a une paroi qui s’appelle la connaissance.
Il y a une paroi qui s’appelle l’enfance.
Il y a une paroi qui s’appelle la vieillesse.
Il y a un fond qui s’appelle l’esclavage.
Et le couvercle s’appelle Liberté.
Il faudrait savoir le soulever.

Jacques Pasquier est modeste mais c’est dans les toiles immenses qu’il se sent le plus à l’aise.  Il est approchable mais travaillé par l’ombre et d’une exigence farouche avec lui-même. La réalisatrice avait déjà travaillé avec le peintre, comme le montre le documentaire de 25 minutes La Fragrance des doubles, qui avait été tourné de 2006 à 2008, avant que le film soit réalisé en 2010. Elle a du coup développé une complicité avec son sujet sur une longue période, et cela se ressent. L’artiste est en confiance pour montrer son travail et faire part de ses convictions acquises au long de toute une vie, l’intégrité de sa recherche se voyant adoucie par son sourire malicieux et son œil juvénile.

A la proximité du peintre et de la réalisatrice s’ajoute celle de la musique de , qui complète avec poésie le travail mené sur la peinture. Musicien évoluant dans la sphère du jazz, Brousseau accompagne le propos du film avec tact et à propos. Sa musique est tour à tour énigmatique et solennelle, apaisée et traversée d’inquiétudes, plus complexe mais sans morgue ni distance, fluide enfin comme nourrie et épanouie par l’enseignement d’une vie. On peut mesurer l’apport de en visionnant La Fragrance des doubles qui reprend des musiques traditionnelles extrême-orientales. Bien que celles-ci soient choisies avec soin et utilisées à bon escient, il est palpable qu’elles n’ont pas été composées pour le film et son sujet. Le compositeur rejoint et épouse la recherche du peintre avec un bonheur et une justesse étonnants alors que plusieurs générations séparent les deux artistes.

Paul Brousseau et Sonia Cantalapiedra, sous le charme de Jacques Pasquier, composent un hommage subtil et humain à l’artiste, et ensemble ils démontrent que la peinture contemporaine se médite et se vit intensément hors du fracas des foires contemporaines, de la compétition acharnée des galeries et des côtes vertigineuses des artistes qui font la tendance. Un film qui désaltèrera ceux qui ont soif d’un art qui s’inscrit dans la culture des hommes et s’est libéré des modes.

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