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Olivier Schnyder : l’album d’un voyageur inspiré

Nombreux sont les virtuoses techniquement capables de passer les partitions de Liszt à la déchiqueteuse mais rares sont finalement les authentiques poètes en exercice. Si Aldo Ciccolini (EMI) et Nicolas Angelich (Mirare) n’ont plus à prouver qu’ils sont de ceux-là, propose un première Année de Pèlerinage (Suisse) qui, si elle est complétée des deux suivantes, augure d’une belle intégrale. Serti dans un luxueux livret cartonné de 63 pages richement illustrées, le présent enregistrement trouvera naturellement sa place dans la discothèque lisztienne des amateurs les plus avertis.

Volontiers rêveur et méditatif, Schnyder trouve toujours l’expression juste pour exprimer de manière circonstanciée l’atmosphère de chaque pièce (la jolie expressivité de Au lac de Wallenstadt, le libre jaillissement de Au bord d’une source, les brumes « byroniennes » de la Valée d’Obermann, etc.). Que les aigus manquent parfois de présence (Chapelle de Guillaume Tell) ou que la « démonstration virile » soit un rien de deçà des possibilités que l’on pressent chez le pianiste (Orage, malgré une main gauche capable de faire éclater le tonnerre des octaves), Schnyder ne transige pas avec son intégrité artistique et ne se défait jamais de sa vision poétique. Il ne se pose pas en virtuose mais en artiste complet –la nuance mérite d’être signalée- pour peindre un tableau narratif qui vaut que l’on s’y arrête.

En « complément », les deux Légendes S. 175 (Saint François d’Assise : La prédication aux oiseaux et Saint Françis de Paule marchant sur les flots) sont du même tonneau. Si Kempff (Phillips), Ciccolini (EMI) ou Brendel (Phillips) ne sont pas « battus » pour autant, on appréciera le jeu particulièrement feutré et perlé de Schnyder dans la première des deux pièces –et là encore, la poésie est de mise. En bonus (1 disque de 14 minutes en édition limitée), le pianiste s’adjoint les services de quelques amis dans la Malédiction pour cordes et piano S. 121, œuvre de 1833-34 (publiée à titre posthume en 1915) à la structure assez lâche mais dont l’écriture pianistique est similaire à celle des concertos et permet donc au claviériste de briller (soulignons également quelques hardiesses harmoniques plutôt intéressantes). L’équilibre entre les cordes (très engagées) et le clavier est aussi parfait que le sens du contraste de Schnyder. Pour un plaisir que l’on ne boude pas…