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Duo Bronfman-Salonen brillant mais dépassionné

Habitué du Théâtre des Champs-Élysées, de l’ était de retour pour ce concert Strauss Brahms, non plus sous la baguette de son chef en titre Matiss Jansons, mais avec , chef qu’il connaît depuis de longues années, et qu’on peut entendre en ce moment dans la même salle pour un cycle Bartok avec le Philharmonia Orchestra.

Rompant avec la tradition d’un concerto suivi d’une symphonie, ce concert débutait par la pièce symphonique et réservait le concerto après l’entracte, mais il est vrai que ce Concerto n°2 de Brahms avec sa durée et ses quatre mouvements a largement l’ampleur d’une grande symphonie.

Ainsi donc nous commencions par Ainsi parlait Zarathoustra où, par fébrilité ou démarrage à froid, l’orgue puis les trompettes ratèrent leur départ, le premier relâchant son accord et les secondes attaquant en décalé. Quant au chef il avança dès la célèbre introduction d’un pas décidé, assez constant jusqu’à la fin, ne creusant ainsi pas trop les écarts de tempo entre les parties vives et les parties retenues, tout en marquant franchement les transitions. Favorisant incontestablement la lisibilité et l’avancée rythmique à la sensualité, pas à la fête ce soir, Salonen n’hésita pas à raccourcir la durée de certaines notes, en particulier au cordes, ajoutant netteté voire tranchant aux contours des phrases avec comme inévitable corollaire de rendre du coup plus audibles les légers décalages qu’on put entendre ici ou là, qu’un style plus coulé aurait sans doute dissout dans le flot musical. Ce Zarathoustra bien structuré, sans chichi ni effusions d’aucune sorte, se défendait bien sans toujours transmettre à l’auditeur le caractère jouissif de cette musique, entre autre dans le Chant de la danse, épisode le plus développé de l’œuvre qui nous sembla manquer d’esprit. Par son côté direct et concentré cette version pourrait se rapprocher de l’archétype Fritz Reiner Chicago (RCA) avec un degré de réussite quand même inférieur, tout en s’éloignant nettement des conceptions hédonistes dont Karajan s’était fait le champion. Ainsi, et coïncidence de la programmation, à peine plus d’un mois après le Zarathoustra de Dudamel avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin plus sensuel, Salonen nous offrait sa vision plus « objective », mais aucun des deux ne nous a semblé atteindre le niveau d’achèvement atteint par les deux versions prises en exemple.

Rejoint par le pianiste , Salonen nous offrit un Concerto n°2 de Brahms solide et viril, parfaitement en phase avec le jeu du pianiste. Comme avant l’entracte, la dimension séduction ne semblait pas être la préoccupation majeure des deux interprètes, ce qui se sentit nettement dans l’Allegro non troppo initial solidement charpenté, parfois même brillant. Si on pouvait craindre un excès de virtuosité ou de démonstration pianistique de la part du soliste, on fut rassuré par ce premier mouvement sobre et sérieux, et point démenti jusqu’à la fin du concerto. Et le dialogue piano orchestre fonctionnait plutôt bien, l’image du pianiste et du violoncelle solo se tombant dans les bras au moment des applaudissements illustrant bien leur harmonieuse entente dans l’Andante, même si on en a connu des plus émouvants et poétiques. Par contre on oubliera le bis pianistique qui conclut la soirée, où s’éloigna de la sobriété qu’il observa pendant le concerto, pour jouer une étude de Chopin confuse et savonnée au lieu d’être brillante.

Crédit photographique : Yefim Bronfman © Dario Acos