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Chostakovitch sans âme par Mark Wigglesworth

Avec ce volume, le chef d’orchestre termine son intégrale des symphonies de pour le label Bis.

Enregistrée sur près de 15 ans, cette somme se démarque de la concurrence  par son approche dépassionnée et décontextualisé. La musique se suffit ici à elle-même dépossédée de son poids de l’Histoire ou de la tragédie d’un compositeur écrasé sous le marteau des tyrans rouges. Tout est tiré au cordeau, ultra-précis, très propre et clair ; les orchestres resplendissent sous cette battue rigoureuse et la prise de son BIS fait trembler les murs. Mais cette posture interprétative est-elle jouable ? La réponse est  négative : de belles réussites (Symphonies n°4, n°8 et n°11) ne doivent pas masquer des échecs cuisants (Symphonies n°9, n°12 à n°15).

On pensait que ce volume, centré sur les Symphonies les plus révolutionnaires et acides du compositeur, serait transcendé par cette baguette au laser ! Il n’en n’est rien : la machine orchestrale, réglée comme une horloge, tourne à vide. La beauté des textures et des instruments ne cache pas l’absence d’idées et les carences de la direction en termes d’acuité et de philologie.  Le constructivisme des Symphonies n°2 et n°3 ressemble plus à un pantin désarticulé qu’au vain espoir d’un peuple qui pensait l’avenir radieux. Quant à la Symphonie n°1, elle sonne  comme un concerto pour orchestre réfrigérant !

La discographie est si vaste que ce disque n’a aucun poids éditorial. Le jeune Vasily Petrenko (Naxos) est autrement plus percutant, portant ces œuvres mal-aimées (surtout les deux symphonies révolutionnaires) dans un magma orchestral sorti des laminoirs de l’Oural.  On jettera également une oreille sur les lectures de : Neeme Järvi  (Chandos et DGG), Krill Kondrashin (Melodiya), Dimitri Kitaenko (Capriccio). Pour en rester à la Symphonie n°1, on ne saurait faire l’impasse sur les lectures de Leonard Bernstein (DGG) et Kurt Sanderling (Berlin Classics).

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