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Jacobs aux origines de l’opéra

Le public du Staatsoper de Berlin avait eu le droit à une mise en scène d’ pour cette production de la Rappresentatione di Anima e di Corpo, mais c’est en version de concert que présentait l’œuvre à la Cité de la Musique à Paris. On connaît surtout par le disque cet ouvrage fondateur (créé en 1600) hybride de Cavalieri, entre l’opéra et l’oratorio (en particulier dans la belle version de chez Alpha), d’où l’intérêt d’écouter ce qu’en fait un fin connaisseur de l’opéra italien du XVIe et XVIIe siècle.

L’œuvre voit l’alternance de dialogues entre le Corps et l’Âme, mais aussi de d’autres figures allégoriques (le Monde, la Vie mondaine, le Temps, le Conseil…) en recitar cantando, des chœurs homophoniques et des passages purement instrumentaux. Cette dispute philosophique dont le but est le salut éternel a la particularité d’être écrite en vers rimés. L’instrumentation n’étant pas précisée sur la partition, proposait sa propre réalisation musicale, d’après l’édition établie par le musicologue Murray Bradshow, avec un instrumentarium très fourni (une trentaine d’instrumentistes) mettant en valeur des instruments rares (archicistre, douçaine…), mais aussi des bruitages fort éloquents (pour symboliser l’Enfer…). C’est d’ailleurs ce qui « sauve » l’œuvre d’une certaine monotonie, les motifs, tournures ayant tendance à se répéter. On est d’ailleurs assez loin de la science, des trouvailles d’un Monteverdi. Au sein du plateau de solistes, se distingue particulièrement, sous une apparence juvénile et naïve, le timbre puissant et somptueux du baryton , qui incarne le Corps. Les autres se situent un cran en dessous, notamment les « figures secondaires », de jeunes chanteurs aux voix un peu vertes et manquant d’assurance. D’une manière générale, ce sont les ensembles, souvent enlevés, notamment grâce à la percussion de Marie-Ange Petit, qui firent toute la saveur de ce concert.

Crédit photographique : René Jacobs © Marco Borggreve