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Réouverture réussie de l’Opéra Comédie de Montpellier avec Les Noces de Figaro

C’est avec la Folle journée du duo Mozart-Da Ponte que l’opéra de Montpellier avait décidé de rouvrir l’Opéra Comédie après de longs mois de travaux consacrés à la rénovation de la fosse d’orchestre, de la scène, du foyer et, sans doute partie la plus visible pour les spectateurs, la reconstitution du rideau de scène en trompe l’œil du plus bel effet avec sa jolie patine. Cette phase de travaux terminée, d’autres attendent encore leur lancement et les abords du bâtiment laissent deviner les chantiers à venir.

Pour cette réouverture, la distribution choisie faisait la part belle à la jeunesse avec un casting international très homogène placé sous la baguette du chef viennois , le maître des lieux, assurant la mise en scène et les décors.

C’est néanmoins avec une heure de retard sur l’horaire que devait commencer la représentation du soir, suite à un débrayage déclenché par le personnel de l’opéra dont les rapports avec leur patron ne sont manifestement pas au beau fixe. C’est donc à 21h que les premières notes du divin Mozart devaient retentir, repoussant la fin de l’ouvrage au lendemain matin, décourageant du même coup certains spectateurs qui déclarèrent forfait. Espérons qu’ils auront la possibilité de revenir car ce fut un bien joli spectacle, donné dans des conditions acoustiques à taille humaine, nous permettant de réellement et complètement profiter du travail de tous les artistes, qu’ils soient dans la fosse ou sur scène.

Commençons par la partie visible et sa distribution pleine de jeunesse, parfois même trop pour certains personnages. Marceline n’avait pas tout à fait l’âge de la mère de Figaro, mais à part ce petit détail, tous étaient physiquement l’incarnation de leur personnage. Côté féminin la Susanne de la canadienne imposa sa présence dès ses deux premiers duos avec Figaro. Elle sut mener la danse avec brio au cours des quatre actes avec celui des personnages de cette folle journée qui doit montrer le plus de variété expressive dans le jeu et dans la voix. Elle y réussit remarquablement. A côté d’elle composa une Comtesse à la voix certes plus charnue mais encore fraiche et jeune, rappelant avec justesse la Rosine qu’elle était il n’y a pas si longtemps avant d’épouser le Comte. Ses deux airs, qui comptent parmi les plus beaux et les plus émouvants de tout l’opéra, permirent de montrer à la fois la belle ampleur de la voix et la richesse des nuances expressives entre les deux airs et aussi, sinon surtout, à l’intérieur de chaque air. Enfin le cœur balançant entre elles deux, avant de jeter son dévolu sur Barberine, nous offrit un épatant Cherubino, vivant, alerte, éperdu, palpitant, maladroit, attendrissant, et de fort belle tenue vocale, qui lui valu un joli succès à l’applaudimètre. A part sa jeunesse relative par rapport à son personnage, on ne pouvait rien reprocher à dont la Marceline avait ce qu’il fallait de fantaisie pour réussir son duo de comédie avec le Bartolo d’, et la fraîcheur vocale d’ allait idéalement à sa Barberine, complétant joyeusement ce superbe ensemble féminin.

Côté masculin, il nous sembla que avait peut-être été affecté plus que ses camarades par le suspens d’une heure mentionné plus haut, car il nous paru avoir besoin d’une petite respiration avant chaque phrase, le mettant en léger décalage sur la musique et raccourcissant légèrement les deux extrémités de son registre vocal. Cela fut bien sûr plus perceptible à l’Acte I où Figaro a une part prépondérante avec ses deux grands airs et ses deux duos avec Susanne. A l’évidence on a demandé à de jouer un Comte franchement « dindon de la farce », ce qu’il fit avec application et un incontestable talent. Si cela fonctionna fort bien du point de vue de la comédie, cela simplifia peut-être un peu le personnage qu’on a connu plus riche et complexe ailleurs sans que cela n’enlève rien à la performance vocale du baryton tchèque.

Dans la fosse, l’orchestre de l’opéra à l’effectif réduit basé sur trois contrebasses, nous fit belle impression, avec en particulier des bois très remarquables immédiatement perceptibles dès l’ouverture avec de magnifiques interventions du basson. Comme sur scène on se doit de louer l’homogénéité de l’orchestre, des cordes jusqu’aux timbales en peau judicieusement demandées par le chef, en passant par les trompettes irréprochables. On sentit une réelle concentration parmi ces musiciens qui suivirent leur chef avec précision. , dont Figaro est sans doute l’opéra qu’il a le plus souvent dirigé, sut trouver un remarquable équilibre entre ses pupitres d’une part et entre les différents tempi qu’il sut varier avec intelligence sans jamais tomber dans des extrêmes. Du coup la musique de Mozart avançait constamment, en souplesse, sans oublier de respirer. Notons que, astuce déjà usité ailleurs, et pas forcément dénuée de sens, les chœurs chantaient depuis la fosse, des danseurs se chargeant de l’action sur scène.

Même si la gouvernance de soulève des critiques au sein de ses troupes, il faut reconnaitre que sa mise en scène, fort classique, dont certains aspects comme la façon d’éclairer le plateau au début de l’œuvre font penser au grand Strehler avec qui il travailla jadis, était plutôt réussie et fort agréable à regarder. Si quelques détails nous semblèrent perfectibles tel le jeu de cache-cache entre Cherubino et le Comte au I, ou d’autres obscurs comme l’apparition anachronique d’un smartphone avec lequel Don Basilio prend des photos, cette scénographie avant tout fonctionnelle, limpide, dynamique sans être agitée, suivait très fidèlement l’action tout en permettant à chaque personnage de s’exprimer. Et, cerise sur le gâteau, il faut saluer les superbes costumes de , seyants chatoyants, au jeu de couleurs particulièrement réussi, qui avaient juste ce qu’il fallait de fantaisie pour cette Folle journée, et qui, sans doute, prirent une belle part dans la réussite esthétique de cette production.

Ce n’était peut-être pas le plateau le plus luxueux qu’on puisse monter, il n’y avait pas de super star invitée, mais le niveau qualitatif de chacun et l’homogénéité de l’ensemble étaient excellents, sans faute de goût ni de casting, ce qui donna un remarquable intérêt musical à cette production, d’autant que les conditions acoustiques favorables dues aux modestes dimensions de la salle permirent de réellement entendre toutes les nuances et inflexions de chaque voix et de chaque instrument, ce qui donne instantanément une vie interne à l’œuvre bien plus difficilement perceptible dans des salles plus volumineuses, ce qui est irremplaçable.

Crédit photographique: © Marc Ginot

Orchestre National Montpellier Languedoc-Roussillon