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Richard Tunnicliffe « raconte » la rhétorique de Bach

Si elles sont par définition plus « légères » (car dansantes) que les Sonates et partitas pour violon seul, les Suites pour violoncelle BWV 1007-1012 de Jean-Sébastien Bach ne manquent pas de sophistication. Sans posséder de morceau comparable à la fameuse chaconne de la Sonate en mineur ou à la fugue BWV 1001 qui vont à l’encontre du peu de prédisposition pour la polyphonie stricte de la part d’un instrument à quatre cordes, les pages pour violoncelle n’en représentent pas moins un défi pour les interprètes qui les approchent –et a fortiori pour ceux, nombreux, qui les enregistrent.

Jouer un violoncelle allemand (attribué à ) daté de 1720 et accordé à 415 Hz. rapproche-t-il de la chimérique « authenticité » recherchée par les musiciens baroques ? Certainement pas. Ce qui transpire dans son interprétation est une sorte de flegme typiquement britannique que l’on attend pas forcément dans ces pages du bouillonnant Thuringien. Pourtant, force est de constater que l’approche très réfléchie du violoncelliste ne manque pas d’arguments pour séduire.

Armé d’une solide technique et aidé par la magnifique palette de couleurs que lui permet son instrument aux basses profondes, Tunnicliffe prend le parti, dès les premières mesures du célèbre prélude de la Suite BWV 1007, d’axer sa lecture sur l’articulation et la rhétorique plutôt que sur la recherche de quelque extase transcendante que ce soit. Certes, les danses rapides n’étourdissent pas mais l’utilisation d’un archet ancien n’empêche pas le legato de chanter ni de déployer des phrases au long souffle. Mais c’est dans l’organisation du discours que le britannique excelle tout particulièrement. Cet enregistrement ne convaincra peut-être pas les mélomanes en recherche d’ivresse sensuelle ou métaphysique mais ravira les « intellectuels » souhaitant pouvoir observer clairement les arcanes d’une architecture dont la beauté repose dans une perfection sans fioriture inutile. Le violoncelle piccolo ( à 5 cordes) utilisé pour la Suite n°6 permet quant à lui de beaux effets de timbre. On reprochera au micros de d’être placés trop près de l’instrumentiste -dont on ne manque rien de la respiration et du bruit des doigts sur la touche- mais l’on appréciera l’intelligente notice proposée par Tunnicliffe lui-même (en anglais uniquement).

S’il ne fallait en retenir qu’une (sur instrument monté « à l’ancienne ») ce serait la gravure de , plus engagé et probablement plus à même de jouer sur les oppositions dynamiques. Mais après tout, pourquoi n’en retenir qu’une… ?