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Duos rares de l’opéra français

C’est au premier chef l’originalité de son programme qui constitue l’intérêt de cet attachant CD, consacré à des duos d’opéras français s’échelonnant de 1843 à 1891.

On y voit donc l’évolution d’une esthétique qui, si elle reste majoritairement influencée par le modèle du grand opéra français, quitte peu à peu le carcan des formes encore issues du premier quart du XIXe siècle – la structure en rondo du duo du Charles VI (1843) de , par exemple – pour aborder des formes musicales beaucoup plus libres, signe de cette influence wagnérienne tant contestée dans la France du dernier quart du XIXe siècle. Et si l’emphase et la pompe caractérisent beau nombre de ces morceaux – parfois, il faut bien le dire, jusqu’à la nausée… –, la comédie est bien présente elle aussi, notamment dans le ravissant extrait du Caïd (1849) d’ destiné manifestement à parodier l’opéra comique rossinien, L’Italienne à Alger en particulier. Certaines de ces pages ne sont pas des chefs d’œuvre absolus, et toutes ne donnent pas envie de redécouvrir les ratés de Le Mage (1891), notamment… – ou encore l’autrefois hyper-populaire Patrie d’Emile Palhadile. En revanche, Henry VIII de et Polyeucte de Gounod mériteraient assurément d’être montés dignement sur nos scènes, tant on mesure à entendre ces extraits l’importance du maillon musical que de tels ouvrages représentent dans l’histoire de notre opéra national.

L’interprétation musicale est de qualité tout à fait appréciable, même si les plus belles de ces pages auraient sans doute mérité, pour être vraiment excitantes, d’être confiées aux meilleurs gosiers du moment. Ainsi, on pourra peut-être reprocher à un vibrato parfois insuffisamment contrôlé, tout en louant la qualité toujours aussi claire de sa diction. , en revanche, peine à faire croire qu’elle est le grand Falcon que la plupart de ces pages réclament. Mais si l’aigu souple et percutant à la fois lui fait défaut, ses jolies couleurs de mezzo conviennent à la tessiture parfois assez basse des parties qui lui sont confiées. La diction, malheureusement, n’a pas la limpidité de celle de son partenaire, et cela nuit à la cohérence de l’ensemble.

À la tête de la Philharmonie d’État de Košice, conduit avec efficacité mais sans véritable subtilité des pages qui auraient besoin de plus de lyrisme pour remporter véritablement l’adhésion de l’auditeur.

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