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Le tour du monde avec Yo-Yo Ma

Fondé en 1989, le prix Polar, décerné par l’Académie royale de musique de Suède, est présenté comme le Nobel de la musique. Les prestigieux récipiendaires proviennent de tous les horizons  musicaux et l’on peut ainsi découvrir les noms de Pierre Boulez, Patti Smith, Dizzy Gillespie ou le quatuor Kronos. Cette édition 2012 voit la mise à l’honneur du chanteur Paul Simon et du violoncelliste . La remise du prix, des mains du roi de Suède, était surtout l’occasion d’entendre le grand musicien dans un programme sympathique et attrayant, par son voyage à travers  les brumes anglaises, les roches abruptes de  Suède, les paysages américains ou l’Amazonie rêvée de Villa-Lobos.

Compositeur phare de la scène suédoise, , peine à convaincre nos oreilles francophones. Sa pièce Exquisite Corpse ne révolutionne pas l’histoire de la musique mais elle passe bien le cap du concert, même si sa structure est téléphonée avec son paroxysme central et ses déchainements percussifs. L’orchestre philharmonique de Stockholm, qui a enregistré cette partition, la fait briller par sa précision et la puissance de ses dynamiques, dans l’acoustique ultra-chatoyante de sa salle.

Autre pièce de choix de ce programme, l’exceptionnel Chôros n°6 de Villa-Lobos. Cette plongée intense et évocatrice dans un océan de sons, est défendue au panache par , le directeur musical de l’orchestre. Sa baguette précise est servie par une formation aux individualités marquantes (exceptionnels pupitres de vents), qui s’ébroue avec bonheur dans cette musique de parade. Le chef fait ressortir tous les changements d’ambiances dans une optique enjouée par si éloignée du Petrouchka de Stravinsky.

Acclamé par un public assez jeune, venu en masse applaudir l’une des icônes de la musique classique, proposa en amuse-bouche une courte Elégie de , dont il n’y a pas grand-chose à dire si ce n’est qu’elle est marquée par les facilités mélodiques du compositeur. Yo-Yo Ma inquiète un peu avec des effets sirupeux trop appuyés.

Proposé en couronnement du concert, le Concerto d’Elgar balayait toutes les réserves. Le musicien y fait preuve d’une assurance parfaite et d’une musicalité sincère et presque pudique par sa suggestion de la douleur. L’orchestre était au diapason du soliste pour cette lecture exemplaire. Devant le triomphe, public, Yo-Yo Ma, offrit une petite pièce traditionnelle des montagnes Appalaches, ce qui ne calma gère un public déchaîné…

Outre la présence charismatique de Yo-Yo Ma, on retient de ce concert, le niveau technique superlatif de l’. Moins médiatisée que d’autres phalanges scandinaves, formation s’impose très facilement dans le peloton de tête des orchestres européens par son homogénéité, ses individualités et son envie de jouer.

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