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Transforme à Royaumont : de l’infra-mince à la saturation

L’édition 2012 de « Transforme », le programme de formation professionnelle de la Fondation de Royaumont initié par la chorégraphe , actuelle directrice du PRCC (programme de recherche de composition chorégraphique) conviait cette année neuf chorégraphes invités à s’interroger sur les rapports entre musique et danse.

Rejoints par des compositeurs creusant la relation geste/son comme et (compositeur stagiaire de la session de composition 2009 et de « Transforme » 2011), quatre chorégraphes présentaient l’avancée de leur recherche dans ce domaine d’interactivité – le sous-titre de Corps sonores ne pouvait être plus explicite – sollicitant le plus souvent les nouveaux outils technologiques.

Les quatre spectacles de la soirée investissaient plusieurs lieux offrant autant de configurations spatiales et de contextes acoustiques différents. Dans la Salle des Charpentes d’abord, cinq haut-parleurs identiques occupent la scène, interfaces sonores et volumes dont la chorégraphe et danseuse tire partie dans des corps à corps qui défient l’équilibre. Conçue dans une temporalité très étirée rejoignant les évolutions lentes du son live de Kasper Toeplitz, l’écriture du geste est également fonction des capteurs de mouvements dont est munie chaque danseuse amenée à produire des interférences bruiteuses dans le flux sonore: des instants qui suscitent une convergence étrange et saisissante entre l’énergie du geste et l’espace sonore qui se construit.

Toujours en création mais inachevé à ce jour, L’Entre de l’Entre se jouait dans la bibliothèque, les deux protagonistes, danseur et musicien, se situant de part et d’autre d’un espace longiligne dans lequel ils évoluent à distance. Si le danseur – impressionnant – a le pouvoir d’agir sur la musique, le compositeur () va modeler en direct l’espace sonore par sa propre chorégraphie via Kinect (racoursi de Kinetic/connect), la nouvelle interface Microsoft permettant l’interaction du geste et de l’image sonore. Les modes de mouvement très lents de la chorégraphie jouant sur les postures du corps et le travail des points d’appui au sol rejoignent les conceptions très singulières de .

Le somptueux espace du Grand comble, avec ses poutres de bois en charpente et son sol de verre transparent accueillait Croî(t)re, une conception de , chorégraphe et danseur, et du musicien Brahim Kerkour. Sur un flux sonore assez discret et sans réelle perturbation, le parcours chorégraphique s’effectue autour d’un tapis de matière végétale et inclut la manipulation de petits objets de même nature que les deux danseurs ( et ) s’échangent dans un jeu d’équilibre instable, modifiant sensiblement leur posture à mesure. La lente mastication, plus risible que subtile, des danseurs qui finissent par engloutir ce avec quoi ils jouaient ne laisse de surprendre sans véritablement convaincre.

La dernière pièce Trans-Niagara justifiait pleinement la distribution de bouchons d’oreille faite systématiquement à chaque début de spectacle: Âmes sensibles, s’abstenir… Arc-bouté à son ordinateur, Kasper Toeplitz lance sans préavis et de manière frontale un son d’une violence inouïe dont il module la texture saturée en agitant verticalement son i-phone. A terre et pratiquement immobile, le danseur semble lutter avec les forces en présence qu’il doit apprivoiser. « Cette danse sous contrainte s’écrit en temps réel sous les yeux du spectateur » lit-on dans les notes de programme. Performer très impressionnant, nous faisait vivre ces instants paroxystiques avec une intensité très galvanisante.

On apprend de source sûre que c’est Hervé Robbe, actuel directeur du Centre chorégraphique national de Havre Haute-Normandie, qui succède à Myriam Gourfink et prend en charge, pour une durée de cinq ans, le cursus de formation du PRCC. A suivre…

Crédit photographique : © Christian Zanesi

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