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Gergiev se freine dans Tchaïkovski

En dépit de ses dates, 1840-1897, l’atmosphère que construit en ignore les limites du temps. Ce que l’on retient habituellement de sa musique se développe dans la sphère de la mélancolie, de la déréliction, du pathos le plus engagé et revendiqué. Certains abhorrent ses engagements, d’autres y succombent et l’adulent. Tous concourent  à la pérennité d’un catalogue exceptionnel, brillant, sincère voire souvent impudique. On ne compte plus depuis longtemps le nombre d’illustrations de ses partitions, en concerts et à l’enregistrement. Dresser la liste de ses défenseurs zélés ou moins engagés remplierait  bien des feuillets dont l’attrait nombre d’auditeurs paraît ne jamais vouloir faiblir. La finesse des sentiments exploités, la richesse sans cesse renouvelée de son invention mélodique, son travail singulier sur le timbre orchestral, l’harmonie et le contrepoint contribuent de concert à forger une légende prégnante et bouillonnante.

Ce double CD édité par le label du LSO, enregistré au cours de l’année 2011, met en scène l’Orchestre symphonique de Londres et le chef russe , l’expérience et la fougue, la sérénité tranquille et la réforme turbulente. Certes, les trois premières symphonies de Tchaïkovski, composées entre 1866 et 1875, ne débordent pas du romantisme exacerbé des trois suivantes (hormis sans doute les mouvements lents qui s’en rapprochent) mais s’enrichissent de climats bien distincts. Chef et orchestre parviennent à conserver une ligne interprétative médiane évitant l’assoupissement comme le chambardement, conscients de l’intérêt de se cantonner impérativement dans l’atmosphère glaciale des « Rêves d’hiver » de la Symphonie n° 1, d’illustrer la nature de la « Petite Russie » (l’autre nom de l’Ukraine) autrement dit de la Symphonie n°2 et enfin de rappeler et retravailler certains chants populaires avec « Polonaise » titre évocateur de la Symphonie n° 3.

Les sonorités du LSO rendent justice aux volontés de Tchaïkovski, orchestre très correctement stimulé par un chef tonique, aux ressources iconoclastes bien connues, ici fermement muselées et sans surprises, dont il nous a déjà gratifié. Gergiev demeure soucieux de ne pas succomber aux vertiges de sa fantaisie largement devancée par celle du compositeur romantique et fragile.

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