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Elliott Carter (1908-2012)

Deux fois Prix Pulitzer, mémoire du XXe siècle qu’il a traversé, compositeur extrêmement prolifique (14 opus écrits après avoir fêté ses 100 ans), est tout à la fois le plus iconoclaste, le plus inclassable et en France le plus respecté des compositeurs américains.

Qui est ? Le personnage restera une énigme, tant par son esthétique, stable et toujours renouvelée, que par sa capacité créatrice : sa dernière oeuvre (12 short epigrams) est datée du 13 août 2012. Ultime pied de nez, il décède trois semaines avant la création française (à Montpellier) de son opéra What next ? (créé à Berlin en 1999).

Né le 11 décembre 1908 à New York (où il est décédé lundi 5 novembre dernier), Elliott Cook Carter Jr de son nom complet vient d’un milieu aisé. Montrant très tôt des dispositions pour la musique, il est encouragé dans cette voie par un ami de la famille qui n’est autre que Charles Ives – Ives qui gagnait sa vie comme agent d’assurance avait la famille Carter comme clients. Diplômé de la Longy School of Music (où il eut comme professeur Walter Piston et Gustav Holst) et de Harvard (en littérature anglaise), il part comme nombre de ses contemporains étudier auprès de la « Grande Mademoiselle » Nadia Boulanger à l’Ecole Normale de Musique de Paris de 1932 à 1935. De retour à New York en 1935 il travaille pour le Ballet Caravan, ancêtre du New York City Ballet. Suit une carrière d’enseignant à St John’s College (Annapolis, Maryland), Peabody Conservatory (Baltimore, Maryland), Columbia University, Queens College New York, Yale, Cornwell University et Juilliard School.

En parallèle de l’enseignement Elliott Carter est un compositeur très prolifique, ayant touché à tous les genres. Ses premières oeuvres sont franchement néoclassiques, sous l’influence de Stravinsky, et très contrapuntiques. A partir des années 50 son langage musical change radicalement. Retiré à Tucson (Arizona), il écrit en 1950 son Quatuor à cordes n°1 qui remporte le Prix de composition de Liège (1953) et assure à son compositeur une renommée en Europe. Bien qu’il n’avait du suivre que de très loin les évolutions de l’école de Darmstadt et du structuralisme, Elliott Carter développe un système singulier de composition basé à la fois sur une série d’accords et sur les proportions et équivalences rythmiques. Il en résulte des oeuvres d’une très grande complexité, faite de plans sonores mouvants, très éloignée du clinquant très américain et très néoclassique de ses contemporains Aaron Copland, Samuel Barber, Gian Carlo Menotti ou Samuel Barber. Bien que les préoccupations de Carter puissent rejoindre celles de plusieurs de ses contemporains (Conlon Nancarrow, György Ligeti, Giacinto Scelsi, Iannis Xenakis) il n’en reste pas moins très indépendant, loin de tout dogme, en digne fils spirituel de Charles Ives.

Loin de lui nuire, cette indépendance esthétique lui a ouvert les plus grandes portes et la reconnaissance de ses contemporains. Son Concerto pour piano (1967) a été qualifié de « chef d’oeuvre » par Igor Stravinsky, à qui l’oeuvre était dédiée. Ses compositions sont ont été défendues par deux des plus grands chefs d’orchestre (et compositeurs) du XXe siècle, deux personnalités que tout éloigne : Leonard Bernstein et Pierre Boulez. Il remporte deux fois le Prix Pulitzer, avec ses Quatuors à cordes n°2 (1960) et 3 (1973) . Il est le premier compositeur à recevoir la National Medal of Arts (1985). Parmi ses nombreuses distinctions, citons le Grammy Trusty Award (2009), le Prix Ernst von Siemens (1981), le titre de Commandeur de la Légion d’honneur (1988), un siège à l’Académie des Arts de Berlin (1971), le Prix Prince Pierre de Monaco (1988), etc.

Discographie