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Montréal : un Vaisseau fantôme en péril

Devrait-on imposer silence à tous les tripatouilleurs d’abstraction ? Les exiler sur une barque au milieu de l’océan ? La mise en scène de échoue dans sa tentative de donner une perspective autre à la légende.

Elle nous laisse indifférent à tout ce qui se passe sur scène et cela, du début à la fin. Et surtout, pour être aux commandes de ce navire, il aurait fallu une vraie direction d’acteurs, et non celle falote qu’on nous propose et qui mène droit à la dérive !

Les personnages désincarnés n’éveillent chez les spectateurs aucun sentiment. Ce sont des épaves décrochées de la réalité, des fantoches menés par une main de fer. L’illustration la plus évidente nous est donnée au début du deuxième acte, par ces fileuses aux gestes robotisés, travail à la chaîne scandé par une matrone. On se croirait sous le régime stalinien, dans une usine de l’Europe de l’Est, à la performance douteuse mais au bâillon efficace. De plus, pour quelle raison a-t-on modifié la fin de l’opéra ? Erik, le fiancé de Senta tue sa bien-aimée à bout portant. Cela est grotesque et n’ajoute aucun élément susceptible de rendre la trame plus limpide. Bien au contraire, sur le thème de la fidélité/trahison tel que Wagner dramaturge a conçu son opéra, ce coup de fusil affaiblit la portée symbolique de l’oeuvre.

À ce fatras d’images et d’idées incongrues, s’ajoute le gris terne de l’unique tableau qui représente le vaisseau. Sur un plan incliné, les marins se font ballotter par la tempête. Heureusement, l’immense voile hissée par des câbles et retenue par l’équipage donne un bel effet. Un gouvernail, que nul marin tente de maîtriser, semble mener les destinées au gré des vents et des flots. Les décors et costumes sont signés . Retenons le costume de prisonnier du Hollandais – digne du Fidelio – mais là s’arrête toute analogie avec le chef-d’oeuvre beethovénien.

Si la distribution reste irréprochable vocalement – à commencer par la Senta de , voix riche, puissante, aux aigus percutants et qui domine plus qu’elle n’incarne, ce rôle exigeant – on pourrait cependant lui reprocher son autisme à l’instar de tous les chanteurs-acteurs. Il n’y a aucune chaleur humaine qui passe, mais seulement le message – et parfois on peut douter de l’existence du messager.

Aux côtés de la soprano Maida Hundeling, la basse allemande est un idéal Dolan. Le baryton nous a fait craindre le pire avant de se ressaisir dans le rôle du Hollandais. Enfin, excellent ténor, se montre à la hauteur en Erik. Les seconds rôles sont tous bien tenus.

Les choeurs de l’Opéra de Montréal sont encore une fois impressionnants de justesse, toujours bien préparés par . dirige de main de maître l’.

Ces qualités orchestrales auxquelles s’ajoutent le carré d’as de chanteurs de premier plan auraient pu changer la donne. Une mise en scène moins creuse et une vraie direction d’acteurs auraient pu faire la différence. Une belle occasion ratée.

Crédit photographique : © Yves Renaud

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