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Rachid Ouramdane entre pluie et brouillard

Lentement, aux accents d’un piano qui semble mécanique, une fumée envahit le plateau. Ce n’est ni la nébulosité humide des soirs de brouillard, ni l’âcre et noire fumée des incendies, mais l’odeur piquante des volutes de théâtre. Comme le prélude d’une symphonie ou l’ouverture d’un opéra, installe avec ce simple artifice, qui fait référence à la technique picturale du sfumato, un mystère intangible.

Comme prise dans l’œil d’un cyclone, une danseuse tournoie, emportée par l’ouragan. Avec un engagement physique et une présence que l’on n’avait pas vus depuis longtemps, les danseurs de mettent en mouvement l’urgence, la solidarité, la peur sous les éléments déchaînés. A travers ces gestes, ils évoquent ces réfugiés climatiques, qui doivent fuir leurs terres, leurs maisons après une catastrophe naturelle et dont on voit le visage filmé en gros plan. Des accents politiques dont le chorégraphe est familier, après un travail approfondi sur le concept d’identité nationale dans ses pièces précédentes, Identité nationale ou Loin…

Ici, le spectacle se fait plus universel et plus abstrait. Porté par la beauté d’une pluie drue qui inonde le plateau, rythmé par le son des pas dans l’eau ou les claquettes aux accents de Broadway, Sfumato fait avant tout appel à l’acuité des sens. L’immersion totale dans cet élégant univers de subtils dégradés de gris est facilité par la grande maîtrise technique de l’équipe qui entoure le chorégraphe : Jacques Hoepffner et Aldo Lee à la vidéo, Stéphane Graillot à la lumière, Sylvain Giraudeau pour le décor.

Un spectacle plein de surprises, notamment musicales (une chanson populaire, un air de Broadway, un pianiste de jazz minimaliste) qui devrait facilement trouver son public et ouvrir à Rachid Ouramdane de vastes scènes prestigieuses.

Crédit photographique : © Jacques Hoepffner

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