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Les mémoires de Jean Wiener

Empruntant le titre du livre au morceau pour piano solo opus 70 de Camille Saint-Saëns, Allegro appassionato réunit les souvenirs de la vie exceptionnelle de . Publié en 1978, l’ouvrage est réédité par Fayard avec une préface d’. Âgé de 84 ans, le musicien rédige ses mémoires d’artiste, de «personnage en-dessous de ses moyens», selon sa propre définition. Son enfance heureuse, sa jeunesse musicale et enfin sa vie de professionnel accompli montrent un génie de l’improvisation pianistique, un compositeur extraordinaire quoique peu connu, mais aussi et surtout un mélomane sensible à toute la bonne musique.

Plongé dans le climat des années 1920, le lecteur assiste à la naissance du fameux Bœuf sur le toit, ce lieu de rencontre de personnages mythiques : musiciens, peintres, écrivains, artistes de toute sorte qui ont contribué à la formation de la culture de l’époque. C’est là que montre au public son style très personnel où la forme classique et la syncope américaine se mélangent dans des «concerts salade». Son goût pour cette salade où fusionne la musique cultivée et la musique vivante a pour but de faire écouter des choses difficiles et inédites en les proposant à côté d’œuvres connues.

A la narration de ses mémoires, Wiener ajoute une sorte de revue de presse, sélection d’articles parus à la suite des concerts des années 1920 qui révèlent parfois le choc que la nouvelle musique produit sur les Français. En épilogue une petite réflexion ou bien sa désapprobation pour la sécheresse et la laideur de la musique contemporaine faite à l’ordinateur. Malgré le respect que le compositeur porte à la recherche, il admet son choc face à une musique « scientifique » qui, ne gardant en rien son aspect artistique, se révèle inaccessible à une large partie du public.

L’introduction d’, autant passionnante que le livre entier, sorte de déclaration d’amour vers celui qu’il définit comme l’héritier de Satie, décrit enfin l’humour, la pudeur et le génie de Wiener. L’écriture simple et la veine nostalgique qui traverse l’œuvre, en font un roman fascinant mais aussi un témoignage précieux de la première moitié du XXème siècle que personne ne voudra rater.