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Ludmila Berlinskaïa et Arthur Ancelle, duo d’amour

et forment un couple de pianistes à la scène comme à la ville, explorant le répertoire pour deux pianos, et même contribuant  à l’étendre comme c’était le cas ce soir Salle Cortot avec la création d’une transcription du ballet Roméo et Juliette.

est une artiste concentrée et qui porte en elle la haute tradition de la musique russe. Fille du fondateur du Quatuor Borodine, Valentin Berlinsky, elle joua à quatre mains avec Sviatoslav Richter qui influença son développement artistique. Si la bonne fortune de sa naissance lui permit d’être en contact avec les grands artistes de l’époque soviétique, Mstislav Rostropovitch ou Victor Tretiakov, ce n’est qu’à elle-même qu’elle doit le privilège d’avoir pu jouer avec eux. ResMusica suit sa carrière depuis 2004 (lire notre entretien) et si son jeu nous impressionnait, son association avec d’autres solistes nous laissait davantage sceptique, elle semblait ne pas trouver de partenaire avec lequel être en adéquation. Avec , qui fut un temps son élève à l’Ecole Normale de Musique, elle a trouvé ce compagnon avec qui échanger et s’épanouir. Le courant passe entre la Russe au tempérament que l’on devine intransigeant et le Français au tempérament et au jeu plus souple, plus à l’écoute – en politique on dirait plus diplomate –  et qui sait jouer de et avec sa partenaire.

Le programme de ce soir, composé exclusivement de musiques de ballets et de cinéma, a permis à ce duo de déployer rigueur rythmique (« La Mort de Tybalt » !), puissance sans outrance, vigueur (West Side Story) et poésie (le tintinnabulement de la fée dragée de Casse-Noisette, donné en bis),  en complicité. Les Enfants du Capitaine Grant, film soviétique de 1936 avec une musique d’Isaac Dounaievsky apportèrent une agréable récréation, entre une « Ouverture » au lyrisme du grand large et des airs d’opérette, juste avant West Side Story dont la transcription de John Musto (en 1998) fait sonner la modernité de cette partition célébrissime, et après Roméo et Juliette jouée en première partie. Les musiciens ont fait preuve d’une modestie louable en mettant leur transcription en première partie de concert, mais celle-ci aurait mieux convenu en seconde partie. La transcription de West Side Story se limite en effet aux Danses Symphoniques, c’est-à-dire aux seules pièces orchestrales de l’œuvre, alors que celle de Roméo et Juliette réunit tous les tubes de cette partition de légende, et procure un effet de cohérence et d’accomplissement que les suites orchestrales réalisées par Prokofiev lui-même ne produisaient pas.

Un programme dynamique et accessible à tous les publics, et qui mérite d’être redonné dans d’autres salles, et tant pis s’il faudra avoir le manque d’humilité de le conclure par cette nouvelle transcription de Roméo et Juliette.