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Les autographes vocaux

On ne compte pas les compositeurs qui, dès la première moitié du vingtième siècle, laissèrent au disque des témoignages en tant qu’interprètes de leurs propres œuvres. On pense notamment aux précieux enregistrements gravés par R. Strauss, Rachmaninov, Bartok, Kodaly, Stravinsky, Villa-Lobos, Prokofiev, Milhaud, Poulenc, Chostakovitch, Messiaen, Britten… souvent réédités. Beaucoup moins connus sont ceux réunis et présentés ici par Philippe Morin, les reports ayant été effectués par les orfèvres de Art et Son Studio (Alexis Frenkel et Christophe Hénault). Il s’agit d’une série intitulée « Orchestre avec autographes vocaux » gravés pour Pathé en 1930 et 1931 par huit compositeurs français. Les enregistrements d’orchestres sont en effet à l’époque en plein développement du fait des progrès techniques qu’a connu l’industrie phonographique au milieu des années 1920, passant de l’enregistrement acoustique à l’enregistrement électrique (Felix Weingartner enregistre par exemple entre 1927 et 1938 la première intégrale des symphonies de Beethoven…).

Le principe de cette série parue sous étiquette « Pathé-Art », une collection de luxe, consistait à enregistrer un compositeur dans une de ses œuvres, souvent sous forme d’extrait (la face d’un 78 tours ne contient que trois à cinq minutes de musique…), puis ce dernier désannonçait ce qu’il venait d’enregistrer. Témoignage touchant qui nous vaut le plaisir d’entendre pendant quelques secondes la voix de compositeurs nés dans la deuxième moitié du XIXe siècle, et parfois même très âgé au moment de l’enregistrement (on pense en particulier à Charles Marie Widor).  Mais malgé le soin porté aux reports de ces faces de 78 tours, sans filtrage excessif, les documents accusent leur âge. L’orchestre, sans doute celui des Concerts Pasdeloup, sonne relativement précairement à des oreilles habituées à un certain confort sonore et aux « rolls » orchestrales du XXIe siècle. On peut par ailleurs regretter que le choix de Pathé à l’époque se soit porté sur des (bouts) d’œuvres qui sont, somme toute, plutôt anecdotiques. A part Le Camp de Wallenstein de d’Indy et surtout Le Festin de l’araignée de Roussel, ce répertoire orchestral a bien déserté les salles de concert et ne fait même plus guère l’objet d’enregistrements, à l’heure où l’on immortalise pourtant nombre d’œuvres de « petits maîtres ».

Un document néanmoins historique, à valeur patrimoniale, témoignage d’une époque, qui méritait d’être réédité.

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