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Metz : Bach, Orfeo 55, La Cantate imaginaire

Pour leur quatrième année de résidence à l'Arsenal de Metz, et son ensemble ont présenté au public une grande partie du programme de leur dernier enregistrement discographique, paru tout récemment chez Deutsche Grammophon sous le titre « La cantate imaginaire ». On retrouve derrière cette appellation une compilation d'arie et de sinfonie extraites de diverses cantates de Jean-Sébastien Bach, au nombre desquels figure également le sublime « Erbarme dich » de la Saint-Matthieu, si prenant avec sa partie de violon obligé royalement interprétée ce soir-là par Rémi Riere.

On commencera par saluer la cohérence et la pertinence d'un programme tout en nuances, qui permet de faire apprécier les différentes facettes du génie de Bach. Et si la profondeur, l'intériorité et la spiritualité du cantor de Leipzig sont bien entendu mises en avant, il semble bien que c'est avant tout la sensualité de sa musique que la sélection opérée ici cherche à privilégier. Dans une telle optique, les airs aux vocalises jubilatoires (« Getrost »), aux rythmes délicieusement dansants (« Kommt ihrer angefochten Sünde ») ou aux accents victorieux (« Nichts kann mich erretten ») finiraient presque par l'emporter sur l'expression du renoncement (« Stirb in mir »), de la douleur (« Jesus ist ein guter Hirt ») ou du désespoir (« Erbarme dich ») que l'on associe sans doute plus volontiers – et peut-être à tort – à l'univers de Jean-Sébastien Bach. N'est-ce pas Luther qui aurait dit : « Wer nicht liebt Wein, Weiber und Gesang / Der bleibt ein Narr sein Leben lang » (Quiconque n'aime pas le vin, les femmes et le chant, restera un fou sa vie durant ») ? Ce programme, en tout cas, tendrait à donner raison à cet adage qui semble venir à point nommé contredire nos idées reçues…

Le contralto chaud, rond et profond de , à la vocalise facile et naturelle, est bien évidemment l'instrument idéal pour exprimer l'aspect sensuel d'une telle musique. Et si la voix aux couleurs abyssales reste parfaitement contrôlée sur toute l'étendue du registre, c'est comme toujours dans le haut médium que les harmoniques se déploient le plus généreusement. On reste dans l'ensemble fasciné par la beauté d'un instrument qui, en dépit de ses couleurs sombres et profondes, a su garder avec les années toute sa souplesse et toute son homogénéité.

La direction de Stutzmann est à l'image de son instrument, toute en rondeur, en chaleur et en sensualité. Le dernier bis, non vocal puiqu'il s'agissait de l'aria de la suite pour orchestre n°3 donné après un ineffable « Bist du bei mir », aura été le plus bel hommage à cet ensemble de qualité qui a véritablement appris, en quelques saisons, à jouer et surtout à « chanter » au rythme de sa cantatrice de chef.

À l'issue de la soirée, Aurélie Filipetti, Ministre de la Culture et de la Communication, a remis à les insignes de l'Ordre National du Mérite. Une distinction dont on pourra dire qu'elle était bien « méritée ».

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