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Spectacle de l’Académie Princesse Grace : Il était une fois une école sur un rocher

Une école mythique sur un rocher mythique : on ne présente plus l’Académie Princesse Grace.

L’histoire de l’école ne saurait se comprendre sans évoquer la figure de la Princesse Grace Kelly, grande amoureuse de la danse qui n’eut de cesse, durant toute sa vie, de promouvoir l’art chorégraphique. A cette fin, elle institue en 1975 à Monaco une académie de danse classique, laquelle a pour vocation d’offrir un enseignement d’excellence – tout autant chorégraphique que scolaire – à des étudiants venus du monde entier. Marika Besobrasova est nommée à la tête de l’institution. Elle y restera trente-quatre ans.

En 2009 un nouveau conseil d’administration présidé par S.A.R. la Princesse Caroline de Hanovre est mis en place. L’Académie est très joliment rebaptisée, sous forme d’hommage, « Académie Princesse Grace ». L’italien Lucas Masala, ancien élève de l’école, en est nommé directeur en septembre 2009.

Une dernière évolution majeure survient en septembre 2011 : les réunissent désormais au sein d’une même structure, dirigée par , la Compagnie des , le Monaco Dance Forum et l’Académie Princesse Grace.

Depuis sa création, l’école a formé plusieurs générations de solistes. Le spectacle qui nous est présenté ce soir au Grimaldi Forum, dans le cadre du Monaco Dance forum, est l’occasion de découvrir le travail des 38 élèves. Quatre ballets, quatre styles différents.

A la barre est une chorégraphie signée par , assistant du directeur et professeur au sein de l’Académie. Ce ballet de 16 minutes, conçu sous forme de classes de danse, est charmant et présente le mérite de rassembler l’ensemble des élèves sur scène. L’ensemble du vocabulaire classique est exploité, mettant ainsi en valeur les aptitudes physiques des élèves. Et à ce petit jeu, les garçons gagnent haut la main ! Leur maîtrise des difficultés techniques est sidérante. Leur aisance sur scène est également significative. Il semble bien que le cosmopolitisme du recrutement – qui a toujours prédominé sur le rocher – soit un gage de réussite. Bien des écoles devraient s’inspirer de cette ouverture d’esprit, à l’heure où nombre de compagnies souffrent d’un réel déficit de hauts techniciens… Les classes des demoiselles, si elles s’avèrent moins homogènes que celles de leurs collègues masculins, ne sont cependant pas en reste et remplissent l’espace avec grâce et enthousiasme. Pas de sourires atrophiés ni de regards éteints ici : elles rayonnent en scène, et c’est déjà beaucoup. Le très haut niveau des danseuses originaires d’Asie a suscité notre admiration. Puissent-elles, à l’issue de leur scolarité, devenir une source d’inspiration pour les grandes compagnies internationales.

Les trois autres ballets sont chorégraphiés par des danseurs de la compagnie des .

Tribulations, pièce de , est un ballet qui porte bien son nom. Ce concentré de créativité est une vraie réussite. La première partie, intense et exaltée, est placée sous les auspices de la couleur rouge. Elle opte pour un vocabulaire résolument contemporain. La seconde partie nous rappelle l’esthétisme du Caravaggio de Bigonzetti. Les adages sont interprétés avec une précision remarquable. L’ensemble est mis en relief avec d’habiles jeux de lumières. Tribulations constitue sans aucun doute le plus joli moment de la soirée.

Kodama, ballet de , ne nous a pas totalement convaincu. L’œuvre pèche par son manque de lisibilité et sa partition parfois dissonante. Son vocabulaire épuré est servi par une interprétation impeccable. Cela ne suffit malheureusement pas à sauver le ballet de certaines longueurs.

(For) Play est un ballet de placé sous le signe de l’humour et de la bonne humeur. Un registre burlesque qui sied aux pétulants élèves de l’Académie. Ce ballet pluridisciplinaire, à mi-chemin entre la danse et le théâtre, délaisse l’emphase classique pour s’immerger dans la réalité quotidienne. L’intrigue est celle d’une lutte… pour un tabouret ! Une pièce légère et sans prétention mais efficace.

Le bilan de la soirée est positif. D’abord en ce qu’il nous prouve la qualité de l’enseignement prodigué aux élèves au sein de l’école. Ensuite, et surtout, en ce qu’il nous rappelle que la diversité du recrutement (l’Académie compte près d’une dizaine de nationalités différentes) permet aux artistes de s’enrichir les uns les autres.

Pour Lucas Masala, la tradition n’est pas une contrainte, mais un commencement. Depuis son arrivée à la tête de l’Académie, le nouveau maître des lieux a voulu réveiller la belle endormie et le réveil semble porteur des plus belles promesses. Une révolution tranquille est en route sur le rocher.