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Pierre Attaingnant sur l’orgue renaissance de Saint-Savin

Ce disque nous plonge d’entrée dans une période musicale d’orgue des plus reculée, presque oubliée, celle de la renaissance française, pourtant si riche en inventions de toutes parts. Qui connaît vraiment aujourd’hui qui joua en France un rôle de taille dans la diffusion de la musique en son temps ? Éditeur de musique, l’histoire n’affirme pas s’il fut lui-même compositeur, par contre mélomane passionné, oui assurément, au vu de son édition qui regroupe et compile ce qui se faisait de mieux alors. La destination de cet ouvrage s’adresse au clavier, qu’il soit épinette, clavecin, orgue, ou même luth.

La géniale anthologie d’Attaingnant puise son inspiration dans tout ce monde musical basé sur la recherche, signe d’une époque fertile en expériences en tous genres. L’orgue au milieu de tout cela se situe dans une double destination : liturgique et profane. De nombreuses œuvres vocales issues de motets sont alors transcrites, ou de chansons populaires. Tous les coups sont permis ou presque. La musique se libère ainsi aux claviers, au travers d’une effervescente bénéfique et efficace issue du chant et de la polyphonie.

Le présent programme regroupe harmonieusement ces données, autour d’un orgue d’exception, construit au milieu du XVI° siècle. A Saint-Savin dans les Pyrénées se trouve sur une tribune en bois au milieu de l’église un instrument ressuscité il y a quelques années (1994), de mains de maître, par les facteurs Alain Sals et Charles Henry, qui ont su lui redonner son âme originelle. C’est un orgue de huit pieds en montre, à clavier unique, dont la composition de huit jeux seulement n’est pas sans rappeler certains instruments italiens de la même époque. Il y avait en effet en Europe au XVI° siècle, une grande unité de style dans les instruments, qui se différencièrent par la suite dès l’époque baroque. Seule une régale de seize pieds en roseau, vient agrémenter de manière rustique et originale ce joyau de la facture renaissance.

se montre un interprète idéal, habitué aux instruments anciens, par un toucher adapté, et une approche inspirée des textes, dans des pièces souvent présentées en alternance avec l’excellent chœur d’hommes Vox Vocalis, dirigé par Jean-Christophe Candau. On appréciera en particulier le Magnificat du 4° ton chanté « alternatim », c’est-à-dire avec l’alternance des versets orgue et voix. Le chant est proposé en Faux bourdon, polyphonique, remplissant l’espace et l’émotion musicale.

Il en va de même pour le Kyrie Cunctipotens où l’alternance des voix et de l’orgue permet de mieux situer ce dernier dans son contexte liturgique. Par ailleurs certains motets de compositeurs contemporains d’Attaingnant sont présentés ici avec leur paraphrase prévue dans l’édition pour le clavier : on assiste là à une rencontre au sommet, magique…

La prise de son est remarquable de clarté, et d’équilibre. On ne perd pas une bouchée de cet orgue fruité, harmonisé de fort belle manière, et le chœur, capté à distance dans la belle acoustique de l’église de La Réole, lui répond aux mêmes accents.

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