La Scène, Musique de chambre et récital

Le quatuor Kelemen, entre l’originalité et le prodigieux

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Paris, Auditorium du Louvre, 27-II-2013, Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor en si bémol majeur Hob.III.78, « Lever du Soleil » ; Béla Bartók (1881-1945) : Cinquième quatuor SZ 102 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) ; Huitième quatuor en mi mineur op. 59-2 « Razoumovski ». Quatuor Kelemen : Barnabás Kelemen, Gábor Homoki, violons ; Katalin Kokas, alto ; Dóra Kokas, violoncelle.

C’est un quatuor très original. D’abord dans la disposition des quatre instruments, de gauche à droite, face à la scène, violon 1, violoncelle, alto et violon 2. Si elle est assez courante pour un orchestre, il est rare de la trouver dans un quatuor à cordes. Les interprètes visent certainement un effet sonore nouveau ou inattendu, mais étant habitués à entendre le violoncelle de l’oreille droite, il faut un peu de temps pour se faire à cette sonorité, surtout dans une œuvre classique comme celle de Haydn. En effet, cela sonne par endroits comme un « hoquet » acoustique. Dans l’ensemble de la soirée, le plan sonore est très serré, très dense ; surtout pour Haydn où l’on s’attendrait plutôt à une simplicité aérienne, nous sommes perplexes d’entendre un « lever du soleil » si épais dans lequel on ne sait quelle trajectoire va prendre le soleil… Un peu le même sentiment pour Beethoven. Ils ont un tel désir de densité sonore et de puissance expressive que cela confine parfois au grotesque. Sur le fameux thème russe de l’« Allegretto », ils mettent des accents trop prononcés sur les temps forts, ce qui crée un étrange déséquilibre rythmique, encore une fois une sorte de « hoquet » comme dans Haydn.

En revanche, cette énergie débordante, éparpillée, est parfaitement canalisée dans Bartók. On peut dire que les quatre musiciens badinent très sérieusement avec les notes et les rythmes, avec une dose pour la sauvagerie, une pour la poésie, une autre encore pour l’humour et une dernière pour le tourment, merveilleusement adaptée à chaque phrasé. C’est comme si leur pulsion musicale se mettait en diapason avec cette musique à la fois moderne et barbare. A en juger d’après ce concert, il est évident que la sensibilité de ces jeunes instrumentistes s’exprime mieux dans un répertoire moderne et contemporain que dans les œuvres classiques. Et nous sommes très curieux d’entendre, dans des pièces romantiques, de quelle manière ils exploiteront leur énergie que l’on pourrait qualifier d’« hyperactive ».

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Paris, Auditorium du Louvre, 27-II-2013, Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor en si bémol majeur Hob.III.78, « Lever du Soleil » ; Béla Bartók (1881-1945) : Cinquième quatuor SZ 102 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) ; Huitième quatuor en mi mineur op. 59-2 « Razoumovski ». Quatuor Kelemen : Barnabás Kelemen, Gábor Homoki, violons ; Katalin Kokas, alto ; Dóra Kokas, violoncelle.

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