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Robert Kajanus dirige Sibelius

Evacuons d’abord l’essentiel, à savoir que ces enregistrements de par réalisés en 1930-1932 avec des phalanges londoniennes sont incontournables pour tout amateur de la musique de . S’ils ont été régulièrement édités par EMI puis Finlandia, leur mise à disposition par Naxos dans des nouveaux masterings réalisés par Mark Obert-Thorn les rend disponibles dans les meilleures conditions auditives et au meilleur prix.

Jean Sibelius considérait Kajanus comme son meilleur interprète, et quand le gouvernement finlandais décida de financer les premiers enregistrements de symphonies de son compositeur national, c’est Kajanus que choisit Sibelius. Effectivement, 80 ans après leur enregistrement, plus de 150 ans après sa naissance, les interprétations de Kajanus fascinent toujours par leur poésie (l’Andantino central de la Symphonie n°3 est un modèle à cet égard), leur flamme sans vain patriotisme (finale de la Symphonie n°2), leur sens de la course à l’abîme (conclusion du 1er mouvement de la Symphonie n°5) leur allant et leur sens du mystère, que n’expliquent pas seulement les tempos lents choisis par le chef. Sibelius avait tranché le débat : «Très nombreux sont les hommes qui ont dirigé ces symphonies durant les trente dernières années, mais aucun n’est allé aussi profondément et leur ont donné plus d’émotion et de beauté que  ».

Pour soutenir ce propos et illustrer cet article, nous n’avons pas voulu choisir la couverture du troisième volume représentant un Kajanus austère et émacié photographié en 1928 (voir vignette ci-contre), et qui pourtant correspond au mieux aux dates d’enregistrement. Nous avons préféré celle où Kajanus jeune homme pose avec soin (la notice indique une date de prise de vue de 1897 mais tout, l’allure, le style de la photo et de la coupe vestimentaire donne à pense qu’elle a probablement été prise vingt ans plus tôt), avec une fierté et une ambition, un mélange de fierté rêveuse – un rien poseuse – et de détachement souverain qui donne une image juste de la grandeur et de la beauté toujours actuelle de ces interprétations. Cela fait de Kajanus, né en 1856 dans les premières années du règne Napoléon III et alors que la Reine Victoria n’avait guère que 37 ans, probablement le chef le plus ancien dont le témoignage artistique ait gardé toute sa magie et sa pertinence au XXIème siècle.