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Baunfels vs Strauss : même combat ?

Il semble bien de cet enregistrement du quintette à cordes de soit le seul disponible actuellement. Sa présence couplée avec les Métamorphoses de , chef-d’œuvre reconnu et mondialement joué, semble être de la part de l’éditeur allemand une tactique commercialement calculée. Sans doute en partie effectivement, car la renommée de Braunfels reste à établir. Quoi qu’il en soit, si l’on ne perd rien à se replonger dans les méandres variationnels de la thématique straussienne, le lien avec le quintette s’établit rapidement.

La chronologie a de ces coquetteries : Braunfels compose en 1945 cette oeuvre dense, avec violoncelle rajouté (comme l’unique quintette à cordes de Schubert), la même année que les Métamorphoses. Stylistiquement, l’écriture des deux auteurs se rapproche d’un certain postromantisme flirtant avec la modernité. La densité de l’écriture interdit une quelconque échappatoire distraite : cette musique nous parle d’un monde tourmenté qui s’est achevé avec l’écroulement du troisième Reich.

Pourtant, si le propos musical des deux compositeurs possède un fond commun, leur destin a été bien différent. Loin d’être victime du nazisme, a passé ses dernières années dans une certaine quiétude matérielle et physique, ce qui ne fut pas le cas de en proie aux persécutions nazies. Mais ce que l’on voit de l’extérieur, ce que l’histoire nous apprend par les faits, n’est qu’une facette, qu’un élément au regard des réels événements intérieurs à chaque être humain. Et la musique en est l’un des meilleurs vecteurs, un des plus riches témoignages.

On précisera enfin que pour les Métamorphoses nous avons affaire à un arrangement pour sept cordes de Rudolf Leopold, ex membre du Vienna String Sextet et violoncelliste solo au sein du Concentus Musicus de Nikolaus Harnoncourt. L’interprétation de et du Gringolts Quartett, par son intensité et le fil directeur qu’il donne tout au long de ces vingt-cinq minutes, vaut bien certaines versions à l’alanguissement et à la complaisance cordée des vingt-trois solistes prévus initialement par le compositeur. On gagne plus de clarté et l’on distingue parfaitement dans les deux dernières minutes les premières mesures de la marche funèbre de la symphonie héroïque de Beethoven. Ces qualités se retrouvent dans le quintette à cordes qui dévoile sous leurs archets tout autant d’investissement et de beautés sonores.
A ranger à la lettre « B » dans votre discothèque.

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