- ResMusica - https://www.resmusica.com -

La Nuit de la Muse en Circuit

Concoctée par son directeur David Jisse qui, au terme de cette treizième édition du Festival Extension, passera la main, la Nuit de au Générateur de Gentilly transgressait un rien le cadre du concert traditionnel. David Jisse avait souhaité réunir les principaux acteurs du Centre de création en condensant dans une même soirée les différentes activités qui s’y pratiquent: l’improvisation et les performances, la musique acousmatique ou mixte et la composition instrumentale. Les artistes évoluaient autour du public dans un vaste lieu équipé d’un dispositif d’écoute spatialisé.

Côté acousmatique, on y entendait les trois pièces des lauréats du 10ème Concours International d’Art radiophonique (lire notre chronique du disque) entendues ce soir à travers un dispositif d’écoute multipiste. Sélectionnés sur dossier par les membres du jury, les trois compositeurs retenus, , et ont été invités dans les studios de pour y parfaire leur projet en cours.

Séverine Ballon, l’une des vedettes de la soirée, interprétait quant à elle deux pièces pour violoncelle et électronique. Du compositeur vénitien Mauro Lanza, actuellement professeur à l’, La Bataille de Caresme et de Charnage instaure un jeu très tactique et plein d’humour entre les sonorités bruitées du violoncelle et la partie électronique, mettant à l’oeuvre la réactivité du geste instrumental magnifiquement assumé par la violoncelliste. Elle avait entre les mains deux archets pour jouer l’oeuvre du colombien au titre énigmatique de Kärlekk Splittring II. Si l’originalité du geste et des figures sonores qui en résultent stimulent l’écoute, l’uniformité du son quasi saturé sous l’effet de l’électronique finit par lasser.

Cronica del oprimado de l’Argentin convoquait la contrebasse de et le support électronique. C’est la lecture de Pédagogie des opprimés du Brésilien Paulo Freire qui inspire le compositeur dans cette pièce instaurant une dialectique très fine entre sons acoustiques et synthétiques. D’une stature impressionnante, Nicolas Cross semble jouer de sa contrebasse comme d’un violoncelle, avec la même ductilité de jeu et une palette de couleurs extrêmement séduisante. Excellent improvisateur, il ouvrait d’ailleurs la soirée au côté de , performeur tout azimut jouant ici de la clarinette basse.

Concepteur et acteur de cette Nuit de la contemporaine, David Jisse entrait en scène, comme récitant d’abord, et au côté de , pour la création mondiale de Miroir des formants. Le texte, puissant et habité à travers la voix de David Jisse, est d’Antonin Artaud (« Mon front est épais mais mon âme est lisse »); , muni de son « gant larsen » flirtant avec le haut-parleur, l’accompagne d’ambiances sonores diverses en jouant très subtilement avec ce matériau saturé et le ressort de l’ordinateur et ses déformations multiples.

Avec et pour rendre hommage à celui qui fut à l’origine de la Muse en Circuit, David Jisse avait ressorti les bons vieux magnétophones « Revox », la bande magnétique et les « collants » servant au montage pour une improvisation à partir d’un protocole d’oeuvre établi par le regretté . Déphasage, réverbération, variateur de vitesse et autre boucle spectaculaire, et non dénuée d’humour, sollicitent l’habileté du faiseur de sons tandis que , tout à ses clarinettes, – il en joue deux à la fois – scrute les résonances/vibrations d’une peau de timbale au contact du pavillon de son instrument: du spectacle et de l’imprévu donc durant cette Nuit de la Muse, festive et très réussie, qui, comme la mer, fut « agitée à très agitée ».

(Visited 135 times, 1 visits today)