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La Passion de Simone… par Kaija Saariaho

En 2006, s’empare une nouvelle fois d’un sujet français à portée universelle sur un livret d’Amin Maalouf. La Passion de Simone, oratorio pour soprano solo, chœur, orchestre et électroniques, sous-titré : « Un voyage musical en quinze stations », reçut sa création à Vienne, le 26 novembre 2006, avec une mise en scène de Peter Sellars et une direction orchestrale assurée par Susanna Malkki. Ce jour-là, Pia Freund chanta Simone Weil, Dominique Blanc était la narratrice, Michael Schumacher le danseur muet et le Chœur Arnold Schoenberg défendait au mieux sa partie. La réception publique plutôt froide fut en grande partie attribuée à la mise en scène de Sellars.

L’enregistrement présent publié par Ondine nous permet de mieux juger la musique elle-même grâce à la prestation insurpassable de (initialement prévue dans ce rôle) et à la direction travaillée et brillante d’, placé à la tête de l’excellent . L’oratorio s’inspire de l’histoire de Simone Weil (1909-1943), philosophe française d’origine allemande, profondément marquée par un mysticisme chrétien authentique et par une sincère recherche de justice sociale. Son positionnement personnel et intellectuel, courageux et non négociable, ne varia guère, marquant de manière indélébile son parcours… son chemin de croix, jusqu’à un mortel épuisement.

Comme dans ses précédentes réalisations, s’investit dans son sujet et parvient encore à faire se mouvoir sa musique par le biais d’une spatialisation efficace, une coloration quasi séraphique, un continuum sonore unificateur. Musique servie par des interprètes merveilleux. Dans le numéro 11 de la revue Tempus Perfectum qui lui est consacré, Osmo Pekonen précise : « La Passion de Simone participe de la résurrection de son héroïne par les moyens de l’art. Et plus encore qu’une suite à la tradition des Passions de Bach, Telemann, Haendel, Penderecki ou Pärt, l’oratorio de Kaija Saariaho semble voiler un mystère, à la fois dans son sens comme de sa forme, comparable en cela à Parsifal, le Bühnenweihfest de Richard Wagner ou en Saint-François d’Assise de Messiaen, et propose un nouveau jalon dans la réinvention de l’art lyrique à l’aube du XXIe siècle ».