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Avec Nicolas Achten, Purcell transposé

Puisés majoritairement dans les deux volumes de l’Orpheus Britannicus publiés peu après la mort de Purcell, les airs rassemblés sur cet attachant CD constituent un ravissant panorama de l’œuvre vocale et instrumentale du grand compositeur anglais. Les morceaux s’enchaînent agréablement, jusqu’à donner parfois l’impression qu’ils constituent un ensemble cohérent, conçu dans l’ordre séquentiel qui a été retenu ici.

On pourra cependant s’étonner de certaines options artistiques, comme par exemple celle qui consiste à faire chanter par des voix d’hommes des pièces initialement destinées à des femmes. Même à l’époque du mariage pour tous, la déclaration d’amour à Strephon paraît bien étrange lorsqu’elle est chantée par un ténor. Il n’est pas sûr non plus que certaines pièces gagnent véritablement à être transposées pour voix graves. L’association ténor/baryton peut ainsi paraître curieuse – et c’est notamment le cas pour « Sound the Trumpet » – lorsqu’on a l’habitude d’entendre des voix plus élevées, généralement des contreténors. Enfin, on trouvera bien peu idiomatique la prononciation anglaise, complètement atone, du baryton , dont la vibration particulière de surcroit s’accommode assez mal de ce répertoire ; on l’imagine plus à l’aise dans les langues d’origine latine. En revanche, le ténor-haute contre Reinoud Van Mechelen est tout à fait remarquable dans ces airs auxquels il insuffle une véritable dynamique vocale, faisant de ces courtes pièces des petits bijoux de rhétorique littéraire et musicale.

Mais c’est surtout pour l’originalité de leur accompagnement qu’on appréciera les pièces vocales réunies sur ce CD, même si certains choix esthétiques peuvent là aussi paraître curieux, voire pour certains contestables. Fondant son argumentation sur des indications figurant sur la couverture des recueils de l’Orpheus Britannicus, sur les écrits du musicologue Thomas Mace – exact contemporain de Purcell – mais aussi sur son instinct de chanteur ayant l’habitude d’être son propre accompagnateur, colore la partition de sonorités chatoyantes confiées à la viole, à la harpe, au virginal, à la flûte à bec et à la guitare baroque. Si l’authenticité de telles formations reste à prouver, le plaisir de l’auditeur est bien réel, et ce dernier aurait tort de bouder cette lecture originale et innovante, qu’on aura du mal à trouver choquante ou même véritablement audacieuse.

Qu’il s’accompagne à la harpe ou au virginal, Nicolas Achten fait oublier les réserves suscitées par son chant. Les autres instrumentistes de l’ensemble , totalement investis dans cette intéressante relecture, rendent justice eux-aussi à des partitions dont on ne saurait en aucun cas se lasser.

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