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Murray Perahia irradie les concertos de Mozart

Les Concertos pour piano de Mozart magnifiés par et l’ n’ont jamais quitté le catalogue CBS/Sony, en recevant diverses incarnations au disque, et ce n’est d’ailleurs que justice. Perahia nous a offert ces œuvres sur plusieurs années, de 1975 à 1988 : c’est dire s’il les a portées en lui, s’il les a patiemment mûries pour nous en donner ces versions exhaustives qui comptent parmi les plus abouties, en un ensemble des plus homogènes – peut-être le plus homogène de tous – malgré la longue période de réalisation.

Cette immense réussite est d’autant plus remarquable qu’il est très périlleux d’en être à la fois le soliste et le chef d’orchestre. Peu de musiciens ont vraiment réussi ce défi, à commencer par l’admirable pionnier et regretté Géza Anda (1921-1976) avec la Camerata Academica du Mozarteum de Salzbourg, puis l’excellent mais moins constant Daniel Barenboim qui avait déjà à sa disposition cet ensemble de musiciens d’élite qu’est l’, mais il semble bien que l’accord de cette formation n’était pas aussi fusionnel avec Barenboim qu’avec Perahia. Et contrairement à ce dernier, Anda et Barenboim n’incluent pas dans leur intégrale les Concertos n°7 pour 3 pianos K. 242, et n°10 pour 2 pianos K. 365. Par contre ces deux œuvres sont présentes dans la belle intégrale pratiquement contemporaine d’Ingrid Haebler, parfaite mozartienne actuellement un peu oubliée – à tort ! – et qui, elle, avait fait appel à divers chefs d’orchestre pour la réaliser (Eduard Melkus, Alceo Galliera, Witold Rowicki, Sir Colin Davis), ce qui par la force des choses l’a rendue quelque peu hétérogène.

C’est d’ailleurs à propos de ce Concerto n°7 pour 3 pianos en fa majeur K. 242 que nous formulerons la seule – légère – critique envers  : plutôt que la version originale pour trois pianos, il en a choisi l’arrangement pour deux pianos, ce qui évidemment altère quelque peu l’équilibre solistes-orchestre, et évite le choix d’un troisième pianiste… Précisons toutefois que cet arrangement est bien de la main de Mozart.

Les Concertos pour piano de Mozart comptent parmi les plus purs joyaux non seulement de la littérature pianistique, mais également de toute l’histoire de la musique dont ils constituent l’un des jalons les plus importants. Tout au long de sa carrière, Mozart aura peaufiné ce genre musical depuis le modèle baroque jusqu’aux prémices du romantisme : non seulement par leur forme, mais aussi par leur fond dramatique, les sublimes dernières compositions mozartiennes de ce type constitueront l’évident modèle du concerto beethovenien et même pour ceux de Chopin.

Les Concertos n°1 à 4 (1767) ne sont en fait qu’arrangements de sonates de divers auteurs (dont Carl Philipp Emanuel Bach et Johann Schobert). Mozart se fait la main. Après 3 Concertos pour piano K. 107 (1772) d’après les Sonates n°2, n°3 et n°4 op. 5 de son grand ami Johann Christian Bach, concertos que Murray Perahia a bel et bien enregistrés mais qui curieusement ne sont pas inclus dans ce coffret, probablement parce que non repris dans la numérotation traditionnelle des vingt-sept, Mozart compose enfin, en 1773, son premier Concerto pour piano original, le n°5 en ré majeur K. 175, où s’établit déjà un véritable dialogue piano-orchestre d’une richesse peu commune pour l’époque. Dès lors, jusqu’en 1791, année du dernier concerto, ce ne seront que partitions riches de substance, dont beaucoup d’absolus chefs-d’œuvre : depuis le Concerto pour piano n°9 en mi bémol majeur « Jeunehomme » K. 271 (1777) jusqu’à la magnifique floraison des « Concertos de Vienne » dont il faut surtout retenir le sublime (mais ne le sont-ils pas tous ?) Concerto pour piano n°20 en ré mineur K. 466 (1785), sans doute le sommet le plus admirable.

Il semble bien que Murray Perahia soit le digne héritier de Géza Anda, par le refus d’imposer sa propre personnalité dans ces interprétations naturelles, imaginatives et sensibles, et toutefois justes, rigoureuses et intelligentes, qui donnent constamment l’impression d’écouter sans intermédiaire Mozart à travers elles. Et rarement a-t-on entendu pareille fusion soliste-orchestre à un tel niveau de complicité. Comme cet album est offert à un prix défiant toute concurrence, il n’y a pas à hésiter.

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