ResMusica - Musique classique et danse
- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Anna, une comédie musicale signée Serge Gainsbourg

Fallait-il ressusciter « Anna », téléfilm culte produit et diffusé en 1967 par l’ORTF ? Non, sans doute. Il est difficile, en 2013, de retrouver des artistes aussi envoûtants, mystérieux et subversifs que le trio formé par Anna Karina, Serge Gainsbourg et Jean-Claude Brialy.

Emmanuel Daumas a pourtant choisi d’en faire un spectacle musical autour de la comédienne Cécile de France. Son côté frais et espiègle, très « girl next door » est la principale erreur de casting de cette production revival. Actrice qui chante (pas très bien, d’ailleurs), elle incarne une jeune fille tout juste embauchée dans une agence de publicité – version Mad Men. Malgré un charme mutin et un bel engagement, elle ne parvient jamais à s’imposer dans le spectacle. Touche 2013, les patrons de l’agence sont transformés en deux hipsters (le nouveau mot pour branchés), barbe bien taillées et vêtements ajustés. La note 60’s est assurée avec brio par deux belles plantes façon Polly Magoo, sorties d’une couverture de Elle 1967.

Les paroles et les musiques de ce spectacle musical pop sont signées de Serge Gainsbourg, dont le Théâtre du Rond-Point s’attache à exhumer le vaste répertoire depuis la reprise de « L’homme à la tête de chou ». Quelques chansons, dont la plus célèbre est « Sous le soleil exactement » traversant le spectacle sans jamais lui donner l’énergie psychédélique et iconoclaste à laquelle on pouvait s’attendre. Les arrangements modernes de Guillaume Siron et Bruno Ralle adoucissent la version initiale de la partition et les voix imparfaites des interprètes ne suscitent jamais le mystère et le trouble provoqué par les voix graves de Serge Gainsbourg et Anna Karina.

Si la mise en scène, en pariant sur les technologies (vidéo et rétroprojection) et l’action painting, utilise intelligemment le plateau, les chorégraphies de et Mélanie Chartreux manquent de corps. Les nombreuses scènes de danse relèvent plutôt d’une boîte de nuit que d’un plateau de théâtre. Dommage, en somme, que ce joli projet (sur le papier) ne soit pas porté par des personnalités plus fortes et plus à l’unisson.