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Liège : Ouverture de saison par Christian Arming

L’ fêtait ce vendredi le démarrage de sa troisième saison sous la baguette de son directeur musical . Une nouvelle saison qui a été articulée autour de la thématique plurielle des Orientales. Afin d’illustrer cette thématique, tout en faisant écho à un célèbre Liégeois mort il y a deux cent ans, ouvrait son programme sur une suite d’extraits orchestraux issus de l’opéra de Grétry La Caravane du Caire. L’initiative est plaisante et décontractée puisqu’elle  nous propose de goûter à une musique somme toute assez légère. L’orchestre se montre brillant dans cet exercice de style et dévoile un travail extrêmement soigné, encore renforcé par un équilibre remarquable entre pupitres. La sonorité claire et aérienne de l’ensemble s’apprécie sur l’ensemble des tableaux, si l’on fait abstraction d’un louré plus dispersé. Les percussions demeurent positivement discrètes, laissant respirer l’accompagnement délicat du clavecin. Autre initiative sympathique révélée lors de l’exécution de cette suite, mais également tout au long ce concert: celle d’habiller l’orchestre de lumières changeantes suivant  l’enchainement des extraits ou les variations  d’ambiance au cœur d’un morceau.

Le Concerto n°5 de Vieuxtemps devait intelligemment s’enchaîner avec la musique de Grétry, puisque le mouvement lent de ce concerto laisse entendre une citation d’un air tiré de Lucile, opéra du même compositeur. Hélas, la cohérence d’un programme peut vite être ébranlée par les aléas de la vie. Empêché pour raisons médicales, le violoniste Marc Bouchkov a dû être remplacé en urgence. Et si l’orchestre a pu trouver en un solide interprète, cela ne s’est cependant pas fait sans révision du programme. Exit donc Vieuxtemps, écarté au profit de et son célèbre Concerto n°1. En tenant compte des conditions particulières dans lesquelles ce concerto a été répété, nous ne pouvons que saluer la performance de et de l’orchestre. A l’exception des quelques détails imparfaits tels qu’une rencontre approximative entre le soliste et l’orchestre à la conclusion d’une cadence, nous retiendrons davantage la puissance de l’archet du violoniste, l’équilibre parfait de son jeu en doubles-cordes,  une densité dans la matière sonore toujours palpable, y compris dans les dynamiques les plus faibles. Les notes pétillent depuis le premier thème rapsodique jusque dans le final, dans une ivresse jubilatoire qui, si elle laisse entendre quelques écarts de justesse dans sa dernière ligne droite, ne s’essouffle jamais.  Bien que largement applaudi par le public, n’a accordé aucun « bis » à l’issue de sa prestation.

En seconde partie de concert, nous nous réjouissions de voir l’orchestre aborder la Symphonie n°3 de Beethoven, les symphonies de Beethoven restant assez discrètes dans le répertoire de l’OPRL. L’interprétation de en est convaincante. Un parti-pris esthétique l’a visiblement conduit à travailler spécifiquement les attaques des cordes, traduisant une souplesse qui a parfois pour effet de réduire l’impact dramatique de l’écriture de Beethoven. L’ensemble ne fait pas moins preuve de cohérence pour autant, en témoigne le choix retenu par le timbalier  pour la sélection de ses mailloches. Les têtes les plus rigides ont ainsi été écartées pour affirmer un son plus rond. Point d’esbroufe de la part d’Arming pour capter l’attention de l’auditeur dans la laborieuse Marche funèbre. Il veille plutôt à laisser entendre un maximum de choses en soignant l’étagement des voix. Le Scherzo est fait d’une belle rigueur métronomique, marquée par l’assurance des bois. Et si l’on aurait aimé voir les cors faire preuve de davantage d’unicité dans leur fameux Trio, ou de mordant dans le Finale, nous avons surtout retenu de cette exécution le travail du chef d’orchestre mettant en valeur l’architecture de la symphonie  à travers une lecture raffinée et majestueuse.

Crédit photographique : Boris Belkin © P. Cinotti