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Alcina à l‘Opéra de Cologne : Tronquée, mais brillamment chantée

On croyait révolus les temps où les chefs d’orchestre retravaillaient les partitions de Haendel afin de rendre ses opéras plus accessibles aux oreilles d’un public moderne. Eh bien, non !

L’Alcina que présente l’opéra de Cologne ces jours-ci – une reprise, la production datant de juin 2012 – est tronquée d’environ 45 minutes de musique. Des numéros entiers ont été coupés (dont toutes les interventions du choeur), d’autres ont été replacés. De nombreux da capo passent à la trappe, sans parler des coups de ciseaux effectués dans les récitatifs. Tout l’équilibre de la partition est ainsi déstabilisé : A peine faisons-nous connaissance avec l’Alcina heureuse et fière du début, tellement ses airs de l’acte I sont abrégés. De même, le lieto fine n’a pas lieu, la soirée se terminant, de manière plus qu’abrupte, avec « Mi restano le lagrime ».

Tout cela est d’autant plus étonnant que le chef, , est un véritable « baroqueux » faisant sonner le Gürzenich-Orchester comme une formation jouant sur instruments d’époque. Sans aucun doute, il connaît son Händel, sachant tirer un maximum d’émotion de cette musique sublime. A-t-il donc rendu les armes devant le metteur en scène ?  Gommant tout l’aspect féérique – la scène est souvent entièrement vide –, mise uniquement sur la tragédie humaine d’Alcina. C’est certes réducteur, mais efficace, d’autant plus que la direction d’acteur est des plus professionnelles.

Si nous regrettons vivement les coupures effectuées, c’est aussi à cause des chanteurs. Pour cette production, l’Opéra de Cologne a réuni un ensemble composé entièrement de membres de sa troupe. Une gageure, certes, mais une gageure réussie. Ainsi, , est la plus touchante des Alcinas. Portant avec élégance les superbes robes du soir imaginées par Stephan von Wedel, tout à fait à l’aise dans les passages virtuoses, elle enchante le public grâce à son art des demi-teintes. Ses grandes airs « Ah ! mio cor » et « Ombre pallide », donnés heureusement avec reprise, deviennent ainsi des moments de pure magie. A ses côtés, campe un Ruggiero tour à tour fier et vulnérable. Affrontant crânement les vocalises de « Sta nell’ircana », elle convainc également dans un « Verdi prati » sublimenent nuancé.
Doté d’un timbre un rien plus âpre, au grave plus nourri, est une Bradamante quasiment idéale, déployant une virtuosité sans faille. Troisième mezzo, la toute jeune Marta Wryk, révélée dans Anna Bolena en février dernier, ne fait qu’une bouchée des airs d’Oberto, pourtant parsemés de difficultés vocales. Morgana est chantée par , soprano colorature au timbre cristallin, agrémenté d’une touche de piquant tout à fait bienvenue. Si le suraigu sonne par moments un rien crispé, elle nous envoûte avec ses superbes notes filées attaquées quasiment sans vibrato.

Dans Alcina, les hommes passent au second plan. C’est dommage pour , belle voix de basse au registre grave rond et chaud. John Heuzenroeder, en revanche, malgré une technique vocale irréprochable, n’est pas vraiment à l’aise dans Händel. Son timbre le prédispose plutôt à des emplois de caractère.

Crédit photographique : (Alcina) ; (Bradamante)   © Klaus Lefebvre

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