ResMusica - Musique classique et danse
- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Intégrale historique des quatuors à cordes de Mozart par les Italiano

Les vingt-trois quatuors à cordes de Mozart constituent l’un des apports inestimables à la littérature de la musique de chambre, avec ceux de Haydn et de Beethoven. Ils ont occupé vingt années de la vie du musicien salzbourgeois, avec de longues périodes de silence, puis de fulgurants élans créateurs, depuis le Quatuor n° 1 en sol majeur K. 80 commencé en mars 1770 à l’âge de 14 ans, jusqu’au sublime Quatuor n° 23 en fa majeur K. 590, terminé en 1790, pratiquement au seuil de la mort du compositeur.

Hormis les cas isolés des Quatuors n° 1 en sol majeur K. 80 (1770) et n° 20 en ré majeur « Hoffmeister » K. 499 (1786), Mozart les élabore sous forme de quatre cycles de six quatuors, dont le dernier sera inachevé en raison de sa disparition : les Quatuors Milanais (n° 2 K. 155 à n° 7 K. 160 – 1772 à 1773), les Quatuors Viennois (n° 8 K. 168 à n° 13 K. 173 – 1773), les admirables Quatuors dédiés à Haydn (n° 14 K. 387 à n° 19 K. 465 – 1782 à 1785), et enfin son chant du cygne dans ce domaine, les sublimes Quatuors Prussiens (n° 21 K. 575 à n° 23 K. 590 – 1789 à 1790).

Il est évident que les premiers quatuors à cordes ne se situent pas sur le même niveau quant à la technique et l’inspiration des deux derniers cycles – d’ailleurs certains ensembles ont pris le parti de n’enregistrer que les dix derniers quatuors – mais en même temps, elles témoignent déjà de l’évolution remarquable de Mozart dans ce domaine. Toutefois la beauté des deux derniers cycles ne doit pas occulter l’étonnante précocité des treize premiers quatuors du très jeune Mozart.

En effet, dès les Quatuors Milanais, Mozart exprime ses états d’âme en un lyrisme déjà personnel sous influence de l’Italie. Environ six mois plus tard, Mozart entame la rédaction relativement rapide des Quatuors Viennois, déjà sous le modèle de ceux de son maître Haydn, avec le désir profond de l’égaler : on y sent une nette amélioration quant à la technique de la forme et de l’écriture, mais il faudra attendre neuf années pour que Mozart accomplisse un nouveau cycle, cette fois totalement personnel et non plus basé sur l’imitation, mais bien où technique et inspiration sont au même niveau suprême : ce sont les six célèbres Quatuors dédiés à Haydn.

Après un quatuor isolé, le beau Quatuor n° 20 « Hoffmeister » de 1786, Mozart répondra à une commande du roi Frédéric-Guillaume II de Prusse en 1789, commençant un dernier cycle de six œuvres, hélas interrompu par la mort : les 3 Quatuors Prussiens, sommet ultime dans ce domaine, d’une admirable maîtrise, mais qui témoigne d’une sorte de désarroi intérieur, Mozart sachant peut-être, inconsciemment, qu’il ne pourra mener totalement à bien la tâche demandée.

Ce monument de la musique de chambre a tenté bien des formations, certaines ne s’intéressant ainsi qu’aux dix derniers quatuors, d’autres nous proposant heureusement l’intégrale, permettant de mieux cerner l’évolution du divin artiste dans ce domaine : après la gravure intégrale pionnière du Quatuor Barchet au début du microsillon (Vox), se sont succédées celles des Quatuors Amadeus, Bulgare (Dimov), Heutling, pour ne citer que les gravures contemporaines de celles du . Mentionnons également, plus récent, le Quatuor Talich. Tous sont d’un niveau exceptionnel, et ne diffèrent que par des détails de personnalités qui séduiront les mélomanes selon leurs affinités propres. Toutefois il nous semble que le Quatuor Heutling (EMI-Warner, à rééditer d’urgence) et surtout le surclassent les autres par une justesse et une précision absolues alliées à un lyrisme naturel, une sensibilité frémissante, un jeu basé sur une analyse intelligente et approfondie.

Précisons que pour le Quatuor n° 3 en sol majeur K. 156, le nous gratifie non seulement de la version définitive du mouvement lent Adagio, mais également de sa version originale bien plus brève. Par contre, cette édition en CD Decca nous prive incompréhensiblement – et c’est bien regrettable ! – des trois délicieux Divertimenti K. 136, 137, 138, ainsi que de l’Adagio et Fugue en ut mineur K. 546 qui étaient présents dans l’édition originale Philips en microsillon de la musique intégrale pour quatuor à cordes de Mozart…